Peine de mort

Sur l’article https://www.reponses-catholiques.fr/pourquoi-les-catholiques-defendent-le-pape/ Je pense également que certaines positions du Pape sont nouvelles par rapport à ce qu’a enseigné le Magistère avant lui, justement sur les deux exemples que vous avez repris. Premier point : la peine de mort. Tout d’abord, le Cathéchisme de l’Église catholique, à l’article du 5e commandement, utilise la traduction “Tu ne commettras pas de meurtre (Ex 20, 13)”, ce qui est bien différent de la traduction que vous utilisez. Le meurtre est condamné par Dieu, pas le fait de retirer la vie. Vous dîtes que “le CEC rappelle que tuer n’est moral qu’en cas de légitime défense”. Mais la version précédente du CEC ne disait pas que la peine de mort était immorale, seulement qu’elle était difficilement applicable de nos jours. « L’enseignement traditionnel de l’Église n’exclut pas, quand l’identité et la responsabilité du coupable sont pleinement vérifiées, le recours à la peine de mort » (CEC ancien n° 2267) Le Pape va plus loin en disant que la peine de mort est inadmissible et contraire à l’Évangile. Hors le Magistère a toujours considéré que la peine de mort était légitime dans le domaine juridique. Voici un site qui fait un listing de tous les textes et interventions papales en ce sens : https://www.catholica.presse.fr/2018/10/16/une-solution-de-continuite-doctrinale/ Le Cathéchisme actuel défend encore la guerre juste (n° 2309) en relativisant donc le 5e commandement, même si le Pape François remet cela en cause dans l’encyclique Fratelli tutti (n° 258). Vous invoquez l’existence de la prison à vie comme alternative, mais le Pape condamne également cette peine : “La prison à perpétuité est une peine de mort cachée ».” (ibid n° 268). Cet argument n’est donc pas recevable. Le Pape écrit également : “267. Je voudrais faire remarquer qu’« il est impossible d’imaginer qu’aujourd’hui les États ne puissent pas disposer d’un autre moyen que la peine capitale pour défendre la vie d’autres personnes contre un agresseur injuste ».” (ibid) Je suis entièrement d’accord pour les pays développés. Mais il y a encore des pays dans le monde qui n’ont pas un système carcéral assez fiable. Je pense qu’il faut aider ces pays à développer leurs systèmes carcéraux, mais le Pape parle au monde entier, il ne peut donc pas dire ça (pas encore du moins). Vous avez vous-même écrit un article en 2011 qui défend le légitimité de la peine de mort : “Pour autant, l’exclure absolument relève souvent non d’un authentique miséricorde pour le pécheur, mais d’une sorte d’irresponsabilité sociale et de naïveté également fort dangereuse pour la société.” https://www.reponses-catholiques.fr/la-peine-de-mort-un-assassinat-legal%c2%a0/ Ainsi, la position du Pape n’est-elle pas en rupture avec le Magistère précédent ? Deuxième point : la communion des divorcés-remariés. Le questionnement porte sur le numéro 305 et sa note : “305. À cause des conditionnements ou des facteurs atténuants, il est possible que, dans une situation objective de péché – qui n’est pas subjectivement imputable ou qui ne l’est pas pleinement – l’on puisse vivre dans la grâce de Dieu, qu’on puisse aimer, et qu’on puisse également grandir dans la vie de la grâce et dans la charité, en recevant à cet effet l’aide de l’Église.[351]” La note indique : “[351] Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements. Voilà pourquoi, « aux prêtres je rappelle que le confessionnal ne doit pas être une salle de torture mais un lieu de la miséricorde du Seigneur ». Je souligne également que l’Eucharistie « n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles ». Il est bien question de l’administration de sacrements dans des situations objectives de péchés. Je suis d’accord qu’il est nécessaire d’avoir une pastorale pour les situations “irrégulières” de personnes dans des “situations objectives de péchés”, car ces personnes sont membres de l’Église. Néanmoins, leur administrer les deux sacrements évoqués n’est-elle pas en contradiction avec la réalité des sacrements ? – pour la confession, la demande de pardon est hypocrite puisque les personnes n’ont pas l’intention de changé d’état de vie, qui est une situation objective de péché ;- pour l’eucharistie, communier implique le fait que nous faisions partie du Corps du Christ, hors être dans une situation de péché mortel implique d’être séparé de Dieu (et la situation des divorcés-remariés qui vivent en couple (et non en “frère et soeur”) est une situation de péché mortel). Je suis désolé pour la longueur des questions. Merci encore pour la pédagogie dont vous faîtes preuve, c’est bien appréciable.

1° Commençons par le deuxième point : nous renvoyons, pour commencer  à notre article Amoris Laetitia et l’indissolubilité du mariage — Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) pour ne pas faire dire à l’article 305 ce qu’il ne dit pas. S’il y a un point qui est le plus délicat, c’est bien dans le début de la note 351 avec la phrase « Dans certains cas, il peut s’agir aussi de l’aide des sacrements.. »… Car la suite de la note ne dit pas expressément que le sacrement de Réconciliation et le Sacrement de l’Eucharistie peuvent être donnés aux divorcés-remariés. Ce n’est pas ce qui est écrit, et sur un sujet aussi polémique, la subtilité règne et chaque mot est pesé.

Dans quels « cas », « l’aide » pourrait-elle être celle « des sacrements » ? Pour prendre un exemple bien connu qui s’enseigne en cours sacramentaire en faculté de théologie, si les personnes du couple divorcé-remarié sont d’un âge suffisamment avancé pour faire le choix de vivre « comme frère et sœur ». Ces cas-limites existent donc.

2° Revenons à la question de la peine de mort. La question de l’article https://www.reponses-catholiques.fr/pourquoi-les-catholiques-defendent-le-pape/ portait sur la peine de mort, pas la prison à vie. Cette peine existe dans la plupart des pays qui ont aboli la peine de mort et le Catéchisme de l’Eglise catholique (CEC) ou l’Ecriture ne disent rien à son propos. Donc l’article 268 de Fratelli tutti ne s’oppose pas au Magistère de l’Eglise sur ce point. On peut discuter de sa validité éthique, de son application réelle, mais, comme nous l’avions déjà dit dans notre réponse, c’est une autre question.

L’argument de la guerre juste corrobore au contraire notre propos. C’est nous qui avons soulevé le cas de la légitime défense et la guerre juste est, justement, c’est le cas de le dire, défendue parce qu’elle est considérée comme de la légitime défense. Or, ce qu’évalue la pensée théologique actuelle, c’est que, contrairement à la guerre juste, on ne peut prétendre qu’une exécution capitale relève de la légitime défense puisque le coupable est emprisonné et hors d’état de nuire.

Nous n’avons pas compris les considérations sur un « ancien catéchisme ». Si le CEC est réédité, c’est la dernière version qui compte.

Venons-en maintenant au cœur de l’objection, la partie exégétique. La Bible de Jérusalem traduit le Décalogue par « Tu ne tueras point ». La Bible du Rabbinat indique pour Lo tirtsah « Tu ne commettras pas d’homicide ». Elle ne fait donc pas plus la distinction entre homicide et assassinat que la BJ. Or, un homicide, c’est bien tuer quelqu’un au sens large. Lorsque le Nouveau Testament reprend ce verset, comme en Mt 19, 18, le verbe employé est phoneuô, qui se traduit par « tuer, mettre à mort ». Donc, non seulement, la traduction « Tu ne tueras point » n’est pas incorrecte, mais en plus une exécution capitale est bien une mise à mort.

Poursuivons. Cette intéressante carte de Wikipédia (Application de la peine de mort dans le monde — Wikipédia (wikipedia.org)) , datant du 1e semestre 2020, indique que :

  • 141 pays ont aboli la peine de mort ou ne l’appliquent plus, c’est-à-dire bien plus que les pays développés. Il n’y a pas lieu de distinguer pays développés/pays en développement sur ce point
  • Sur les pays développés démocratiques, seuls les Etats-Unis et le Japon l’appliquent. Et encore, il existe un moratoire la suspendant au Japon, tout comme en Russie (discuter pour savoir si la Russie est un pays démocratique ou non n’est pas notre sujet ici)
  • Sur les pays émergents, 4 pays d’Amérique Latine seulement l’appliquent dans quelques cas
  • Bref, la peine de mort ne s’applique en réalité que dans des pays musulmans (pas tous) et des dictatures d’origine communiste (Belarus compris). Les seuls pays ne répondant pas à ces deux critères sont le Botswana, l’Inde, la Thaïlande et le Nigéria (mais est-ce seulement dans les états musulmans où s’applique la charia?).

Conclusion : hormis les Etats-Unis et le Belarus, elle a plus ou moins disparu dans tous les pays de tradition chrétienne.

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