Péché contre l’Esprit

Pourquoi le péché contre Dieu sera remis et non celui contre l’Esprit ?

C’est une question difficile, qui suscite bien des débats entre théologiens et peut s’expliquer de différentes façons. Rappelons que cette citation est présente dans les trois évangiles synoptiques sous des formes très voisines : Matthieu 12,31-32 ; Marc 3,28-30 et Luc 12,8. Rappelons aussi le contexte : le Christ accomplit des guérisons et les pharisiens l’accusent de le faire par le pouvoir du démon.

Un premier niveau de réponse est qu’on sait bien qu’on ne combat pas le mal par le mal. Dire que c’est par le démon que Jésus chasse des démons, c’est une absurdité, une faute logique. C’est donc une attaque directe contre la Raison. Or, la Raison, Logos en grec, c’est Dieu (cf. Jn 1, 1 : « Et le Logos était Dieu »). Agir sciemment et frontalement contre la Raison est irrémédiable : l’absurde ne se résout pas. Il se combat.

La réponse du Christ se situe aussi sur le plan théologique. Que le péché – dans le texte il s’agit en fait de blasphème – contre Dieu soit pardonné, c’est inhérent à la miséricorde divine. Le blasphème est le plus souvent une protestation contre le mal, la réaction violente à une souffrance. L’athéisme le plus basique se fonde souvent sur la présence du mal : « je ne crois pas eu Dieu car, s’il existait, comment laisserait-il le mal dans le monde? ». Cela ne tient pas debout sur le plan rationnel mais montre surtout le désarroi d’une humanité face à l’absurdité du mal. En ce sens, un chemin de conversion est possible, quand on prend enfin conscience, comme le disait Elie Wiesel, que Dieu est celui qui est sur la potence. Qu’Il est avec la victime car Il s’est fait victime Lui-même avant nous.

Mais dans le cas du blasphème contre l’Esprit, le bien est, selon les pharisiens, réalisé par le pouvoir du mal. Ils appellent finalement « mal » le bien. C’est beaucoup plus grave, finalement, que de reprocher à Dieu de ne rien faire contre le mal. En effet, dans le cas de ce reproche, au moins, on cherche encore le bien. Mais dire que l’œuvre de Dieu vient du mal, c’est se mettre soi-même du côté du mal.

Or, le mal vient de Satan, celui qui s’est révolté contre Dieu, donc contre le Logos, et qui est damné pour l’éternité. Se mettre du côté du mal, non par erreur, mais en se mettant frontalement en opposition au bien, c’est se livrer au pouvoir de Satan.

Péché contre l’Esprit
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