Pardonner, toujours ?

« Jésus a dit qu’il fallait pardonner à nos ennemis et même à ceux qui ne nous demandent pas pardon. Et pourtant pour avoir le pardon de Jésus et pour être sauvé, il faut Lui demander pardon. Alors pourquoi Jésus semble t-il nous demander quelque chose (pardonner sans que l’offenseur demande pardon) qu’il ne s’applique pas à lui même ? »

Là, je confesse mon embarras.

Au premier réflexe, j’aurais envie de dire que Notre Seigneur peut bien faire ce qui lui semble le plus juste pour notre salut. Que sa volonté soit faite, amen ! S’il nous demande d’offrir un pardon, même à qui ne le demande pas, tandis qu’il attend de nous une démarche d’humilité, où est la difficulté, l’exigence venant de lui.

Tout bien réfléchi, je me demande si l’enjeu n’est pas le suivant. Je ne sais pas pourquoi mon frère ne me demande pas pardon. Peut-être n’en a-t-il pas envie, tout simplement. Peut-être n’est-il pas encore en mesure de le faire. Et si j’étais, moi-même, l’obstacle à cette demande de pardon, par mon attitude consciente ou inconsciente ? Par mes paroles ou mes actes ? Vu notre aveuglement habituel sur notre péché, et notre propre condition spirituelle, le cas ne sera pas rare. Pourquoi le Seigneur ne nous inviterait-il pas à dépasser cet aveuglement, à aller au-delà des sentiments et des impressions. Je me sens blessé, je me sens victime, mais tant pis, je pardonne d’abord, par amour pour mon prochain. Dieu s’arrangera pour le résultat.

Par contre, quant il s’agit de moi, c’est un minimum que je manifeste de la contrition et un minimum de bonne volonté, même si l’amour de Dieu précède mes faibles démarches humaines. Pensons à la parabole de l’Enfant Prodigue. Humilité d’abord, justice ensuite.

Voilà où j’en suis. Si la correspondante peut préciser les choses, j’en serai ravi.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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