Où dormait Jésus entre la Résurrection et l’Ascension?

Où dormait Jésus entre la Résurrection et l’Ascension ? Que faisait-Il ? 

 Derrière cette question, il y en a une bien plus fondamentale, celle de la nature de la résurrection des corps. De fait, les apparitions du Ressuscité sont très ponctuelles et les Evangiles nous disent bien plus ce que les disciples faisaient à ce moment-là que Jésus lui-même : attendre au Cénacle, aller au tombeau, marcher vers Emmaüs, aller à la pêche, aller en Galilée, se réunir sur une montagne etc.  

 St Paul nous dit que le corps ressuscité est un “corps spirituel” (1 Co 15, 44). On ne sait pas trop ce que cela veut dire mais St Paul précise : “Ainsi en est-il de la résurrection des morts. Ce qui est semé périssable ressuscite impérissable ; ce qui est semé sans honneur ressuscite dans la gloire ; ce qui est semé faible ressuscite dans la puissance ; ce qui est semé corps physique ressuscite corps spirituel ; car s’il existe un corps physique, il existe aussi un corps spirituel.” (1 Co 15, 42-44). Ce corps-là aurait-il besoin de dormir ? Et d’être “quelque-part” à “faire quelque chose” d’autre que de contempler la Béatitude divine ? Peut-être pas. Ce type de corps expliquerait que Jésus se rend présent dans une pièce fermée (ce qui n’est pas la même chose que passer à travers les murs), disparaît ou apparaît subitement sur le chemin d’Emmaüs ou devant le tombeau vide, qu’il faut un geste ou une parole et un regard de foi de son interlocuteur pour le reconnaître. 

 D’un autre côté, les Evangiles insistent beaucoup sur le caractère corporel, physique, du Ressuscité. Il mange, se laisse toucher, porte les stigmates de ses blessures de la Passion. La foi de l’Eglise doit tenir les deux: la résurrection est à la fois une résurrection des corps bien physique et en même temps le corps ressuscité est transcendé, plus tenu dans les mêmes limites qu’avant la mort.  

 Cette tension entre deux façons de parler de la résurrection est déjà présente dans l’Ancien Testament. Les exégètes sont à peu près d’accord pour identifier deux textes qui attestent bien d’une foi juive en la résurrection : Daniel 12, 1-3 et tout le 7e chapitre du Deuxième livre des Maccabées, avec des allusions aux chapitres 12 et 15. Or, les versets 2 et 3 de Dn 12 précisent que “Beaucoup de gens qui dormaient dans la poussière de la terre s’éveilleront, les uns pour la vie éternelle, les autres pour la honte et la déchéance éternelles. Ceux qui ont l’intelligence resplendiront comme la splendeur du firmament, et ceux qui sont des maîtres de justice pour la multitude brilleront comme les étoiles pour toujours et à jamais.”. Tandis que 2 M 7 indique que les sept frères martyrisés dans d’atroces supplices et leur mère croient fermement qu’ils retrouveront leurs membres mutilés à la résurrection.  

 Dn 12 se rapprocherait davantage de l’optique de St Paul, alors que 2 M 7 a le caractère plus concret des Evangiles. Mais, dans tous les cas, les morts se lèvent de la poussière, c’est-à-dire avec leur corps. Ce n’est pas une simple immortalité de l’âme.