Oecuménisme et unicité de l’Eglise

VaticanII

Question: Le décret de Vatican II sur l’oecuménisme ne contredit-il pas le dogme selon lequel nul ne peut être sauvé en dehors de l’Eglise catholique?

Pour répondre à la question, il convient tout d’abord d’en définir les contours. L’enjeu est l’œcuménisme, donc les relations entre chrétiens. Elle ne porte pas, par conséquent, sur les questions relatives aux fidèles des religions non chrétiennes ou sans religion.

« Le dogme selon lequel nul ne peut être sauvé en dehors de l’Eglise catholique » est en fait une citation de saint Cyprien de Carthage: le fameux « hors de l’Eglise, point de salut ». Notons que cette phrase est à remettre dans son contexte précis, la polémique concernant l’apostasie de la foi chrétienne par les lapsi, les personnes qui acceptaient de faire un certificat de sacrifice aux dieux païens ou aux empereurs, parfois de complaisance. St Cyprien mettait les lapsi en face de leur choix et les interpelait sur ce qu’ils allaient faire une fois hors de l’Eglise. Où allaient-ils aller ? Ou trouveraient-ils le secours spirituel et la solidarité communautaire dans des religiosités ou des écoles philosophiques dont ils avaient déjà expérimenté la vacuité avant de devenir chrétiens ? « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » s’exclamait déjà saint Pierre (Jn 6, 68).

Ceci précisé, il convient de rappeler que seul le Christ sauve et qu’Il est venu pour le Salut de tous. Citons les Evangiles (« Ne crains pas, crois seulement » Mc 5, 36), les Actes des Apôtres (« Ils [Paul et Silas] dirent : Crois au Seigneur Jésus-Christ; et tu seras sauvé, toi et ta maison » Ac 16, 31), les épîtres pauliniennes (« Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton coeur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé » Rm, 10, 9) ou encore l’Apocalypse : « ceux qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus » sont « heureux » (Ap 14, 12-13).

On pourrait multiplier les citations qui indiquent le salut pour les disciples de Jésus, donc les chrétiens et qui fondent le Magistère de l’Eglise. En outre, rappelons que sont considérées comme « Eglises » par l’Eglise catholique les communautés chrétiennes maintenant la succession apostolique : les églises orthodoxes, par exemple. L’enjeu est plutôt l’unité à retrouver sans altérer l’enseignement de l’Eglise dont seule l’Eglise catholique a la plénitude. On sait que cela est possible théologiquement avec les orthodoxes, car les problèmes de cette nature ont trouvé une solution depuis le Concile de Florence commencé en 1438, mais jamais appliqué suite à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. On sait aussi que « la Protestation est terminée » (Film “Le miracle de l’unité a déjà commencé”, Communauté du Chemin Neuf, juin 2014) depuis l’accord d’Augsbourg de 1999 entre catholiques et luthériens sur la justification par la foi.

Enfin, comme l’actualité le rappelle cruellement, « l’œcuménisme de sang » des martyrs contemporains est bien un signe des temps, et un facteur de rapprochement, pour tous les chrétiens. Ce serait manquer à la plus élémentaire vertu de prudence que d’affirmer que les coptes décapités en Libye en confessant le Seigneur Jésus face aux bourreaux de l’Etat islamique ne sont pas sauvés par leur foi.

Oecuménisme et unicité de l’Eglise
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