Ne pas soulager la douleur pour son salut?

Merci de votre réponse que je comprends bien. En réalité je sens que mon approche de la douleur est un peu trouble. Je pourrais peut être (ou pas) trouver des soulagements à mes souffrances, par kinésie ou cure médicale, mais je me demande si j’en ai réellement envie … En effet, malgré la douleur qui parfois est conséquente je sais que la souffrance est pour moi une façon de me rapprocher de Notre Seigneur et j’ai donc du mal à “ne pas souffrir”… Avec des amis je suis allé en pèlerinage au Puy et on m’a proposé de m’allonger sur la “pierre noire” pour demander la guérison. Mais à mon grand étonnement, j’ai fait la prière suivante : “Soulagez moi de ma douleur Sainte Vierge Marie sauf si celle ci est nécessaire à mon salut” … Pensez vous qu’il me faut cette douleur pour expier les nombreuses fautes de ma vie ? J’ai peur de souffrir mais j’ai le sentiment que seul ce chemin est possible pour moi …

Cette question est la suite de https://www.reponses-catholiques.fr/que-fait-dieu-face-a-nos-souffrances/. On est là sur une pente glissante qui appelle à la plus grande prudence. Bien sûr, chacun peut offrir ses souffrances pour le salut du monde ou pour une cause particulière, se joignant ainsi à la Passion du Christ. Cela peut se faire en offrant les souffrances d’une maladie.

Mais ce n’est pas là même chose que de rechercher cette souffrance, ce qui est le cas si on peut la soulager. Le texte majeur du Magistère reste celui de Pie XII : https://www.vatican.va/content/pius-xii/fr/speeches/1957/documents/hf_p-xii_spe_19570224_anestesiologia.html.

La mortification existe dans la foi catholique et de très grands saints l’ont pratiquée. Il n’en reste pas moins que, dans l’Ecriture, elle se limite au jeûne (souvent accompagné de « sac et cendre »). Donc, en dehors de cette ascèse-là, encore une fois, la plus grande prudence s’impose. En tous cas, l’ascèse ne se fait que sous la direction d’un accompagnateur spirituel, et c’est lui qui valide ou non les mortifications adaptées.

Il est donc urgent que l’auteur de la question en parle avec un prêtre ou un accompagnateur spirituel sérieux.

Un autre aspect de la question est le refus de traitement. Pie XII le définit comme possible si l’on craint d’altérer son discernement ou une aggravation de son état (voire une accélération de la mort). Mais, si ces inconvénients ne sont pas présents, un chrétien doit accomplir son devoir d’état et la maladie en est généralement un obstacle. Soulager la douleur fait partie du processus de soin car une trop forte douleur entraine le plus souvent des effets aggravants : escarres, tendinites ou nouvelles douleurs dues à de mauvaises positions du fait de la douleur initiale, état dépressif – c’est une maladie, rappelons-le – voire risque que le cœur « lâche » s’il ne supporte plus la souffrance. Hormis des cas tels que ceux définis par Pie XII, un chrétien ne doit donc pas refuser de se soigner, ni chercher à aggraver son état.

Mais surtout, sur le plan spirituel, Pie XII note « qu’à la longue, la douleur empêche l’obtention de biens et d’intérêts supérieurs. » A accomplir son devoir d’état, nous l’avons dit. Mais peut-être à tomber dans le péché, via le doute et le désespoir. La question précédente montrait des signes inquiétants de doute sur la bonté de Dieu. Il est donc urgent que son auteur cesse de vouloir souffrir, ce n’est pas bon du tout pour sa foi.

Quant à expier ses péchés par la souffrance de sa maladie qu’elle refuse de soulager, ce n’est pas à elle d’en décider et le Seigneur n’envoie jamais de souffrances pour cela. Pour expier ses péchés, on se confesser et on accomplit la pénitence suggérée par le confesseur. Pas autre chose.

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