Morale chrétienne, morale universelle

Saint Thomas d'Aquin, théologien de la guerre juste

Existe-t-il une éthique chrétienne ou l’éthique est-elle universelle?

Traditionnellement, l’Eglise a toujours posé que tout homme a une conscience et une raison. Il en découle 1) qu’il peut parvenir rationnellement à la conviction de l’existence de Dieu 2) que sa conscience lui permet d’avoir un comportement moral. C’est à ce titre que l’Eglise s’exprime, non seulement à tous les catholiques, mais aussi à l’humanité entière, aux « hommes de bonne volonté », comme le disent plusieurs textes du Concile de Vatican II.

Ceci posé, une analyse plus fine permet d’affirmer l’existence d’une éthique spécifiquement chrétienne. Le sujet est très discuté parmi les théologiens et nous nous basons sur les travaux du philosophe écossais Alasdair Mc Intyre et le théologien américain Stanley Hauerwas. Tous deux sont protestants mais très proches de la foi catholique et enseignant dans des universités catholiques de renom.

Mc Intyre critique en particulier la tentative des Lumières, Kant surtout, de fonder une morale universelle établie sur la raison autonome et non sur Dieu. Cette éthique, non liée à un dieu que tous les hommes ne partagent pas, mais bâtie sur la raison commune à tous, serait censée être partagée par tous. Or, ce projet a échoué. Les philosophes de la postmodernité, Nietzsche surtout, ont eu au moins le mérite de démonter la prétention rationaliste : la morale des Lumières n’est pas du tout fondée sur la raison, selon Nietzsche, mais sur la volonté de puissance de ses concepteurs, qui ont les préjugés et les fonctionnements de leur temps, de leur culture et de leur milieu social aisé. Hauerwas critique une éthique « en surplomb » qui, en voulant être universelle au dessus de tous les particularismes, est déconnectées des réalités.

Les tentatives contemporaines de fonder l’éthique sur la discussion (Habermas) ou une morale minimaliste (Walzer) ne sont pas plus convaincantes. La philosophie d’Habermas s’est, selon l’auteur lui-même, fracassée sur les horreurs de la guerre de Bosnie.  Fonder une morale délibérative ne peut se concevoir qu’entre personnes occidentales éduquées et aisées. Les différences culturelles et les violences vécues dans d’autres lieux ne permettent pas à ces conditions de se réunir. De même, Walzer admet que quiconque a une morale meilleure à proposer que son minimalisme est légitime pour la défendre et tenter de convaincre de la partager.

Pour Hauerwas, toute morale est « située ». On parle toujours de quelque part et vouloir en faire fi est une abstraction stérile. L’éthique chrétienne est donc spécifique et s’enracine dans le message évangélique, il faut en prendre compte. Hauerwas souligne surtout sa non-violence absolue. De son côté, Mc Intyre propose de revenir à la morale des vertus d’Aristote, reprise par la tradition thomiste, en clair, la morale catholique. Il explique comment elle seule peut traverser les modes, les conflits culturels et donner un cadre éthique à nos sociétés qui n’ont plus de morale partagée.

Cela signifie que :

  • Il existe une morale spécifique chrétienne (ou, à tout le moins judéo-chrétienne), qui se fonde sur une source extérieure à l’homme : les commandements de Dieu éclairés par l’Evangile du Christ
  • Cela ne l’empêche pas d’intégrer les apports d’autres cultures : comme nous venons de le dire, elle a su relire l’éthique d’Aristote. Pour prendre un autre exemple, la non-violence théorisée par Gandhi (qui d’ailleurs s’était inspiré de l’Evangile), a été revisitée dans des engagements politiques explicitement chrétiens (Solidarnosc) ou non-confessionnels mais de forte inspiration chrétienne (Les Veilleurs)
  • Ce que nous avons dit au début de cette réponse reste vrai : tout homme, même d’une autre religion ou athée, peut comprendre par sa droite raison et sa conscience la pertinence de cette morale chrétienne et s’y conformer. Toutes les cultures du monde ont repris d’une façon ou d’une autre au moins quelques éléments judéo-chrétiens. Par exemple quand la Chine communiste a instauré le repos dominical.
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