Mise en commun des biens et état de vie (1/2)

Je reviens sur votre réponse sur les prêtres diocésains et religieux. Dans les Actes des Apôtres il est clairement spécifié que tous les membres de la communauté chrétienne mettaient leurs biens en commun. Dans les Evangiles le Seigneur enseigne à ses apôtres la pauvreté dans plusieurs passages. Je ne trouve pas d’explication à cette « dérogation » pour les prêtres. Ceux ayant des biens personnels devraient aider leurs confrères moins fortunés, aider à la formation des séminaristes, à la gestion diocésaine (1/2).

Effectivement, l’Ecriture nous décrit la première communauté chrétienne dans les Actes de Apôtres comme un groupe où « tous les croyants ensemble mettaient tout en commun » (Ac 2, 44). Cet idéal de vie a toujours suscité tout au long de l’Histoire de l’Eglise des personnes souhaitant vivre cette expérience et choisissant la vie communautaire, avec mise en commun des biens. Mais l’Ecriture nous enseigne deux points majeurs pour répondre à la question :

1° Premier point : au fur et à mesure que la communauté chrétienne se développe, cette mise en commun des biens n’est plus si attestée que ça ; Des biblistes ont étudié de près les « sommaires » qui décrivent  la communauté et dont Ac 2, 44 est un premier. Dès Ac, 5, 14, l’accent est mis sur les miracles et les guérisons, la croissance de la communauté et il n’est plus tellement question de biens en commun.

Les Epîtres pauliniennes ont été, de l’avis de la plupart des exégètes, écrites avant les Actes, puisque Luc, l’auteur des Actes, est un collaborateur de St Paul. Or, point de biens en commun dans ces lettres. En 1 Co 11, 21-34, Paul critique les inégalités sociales et les comportements inadéquats qui en découlent pendant le repas du Seigneur. A aucun moment il ne dit de mettre ses biens en commun. Il dit de s’attendre et d’être solidaire avec ceux qui ont moins. Ce n’est pas la même chose. De même, cet apôtre va plusieurs fois insister sur le fait qu’il travaille pour gagner sa vie et ne pas être à la charge des communautés qui l’accueillent. Il organise une collecte pour la communauté de Jérusalem. Pas de mise en commun des biens dans ces cas-là. De la solidarité et de l’entraide, oui.  Il est donc très dangereux de durcir un verset des Actes et d’en faire une critique totalement injustifiée des prêtres actuels.

2° Car venons-en à notre deuxième point. « tous les croyants ensemble mettaient tout en commun », est-il écrit. Il ne s’agit pas seulement des Apôtres mais de tous les chrétiens. Ananie et Saphire ne sont pas des Apôtres, pourtant, il leur est reproché leur manque de partage et leur hypocrisie. Donc, les prêtres ne sont concernés ni plus ni moins par cette mise en commun des autres.

Du coup, la vraie question est : « pourquoi ceux qui critiquent les prêtres ne mettent-ils pas leurs biens en commun ? Que font-ils pour aider les prêtres moins fortunés, aider à la formation des séminaristes, à la gestion diocésaine » ? Nous avons déjà répondu dans notre réponse précédente que le vœu de pauvreté était indépendant du sacerdoce. Comme dit au début de cet article, de tout temps, des chrétiens, dans des communautés nouvelles ou autres, ont choisi de vivre cet idéal. Par exemple, les numéraires de l’Opus Dei insistent vivement sur leur état de laïcs. Pourtant, ils mettent leurs biens en commun et vivent en communauté (qu’ils appellent des « familles »). Pourquoi ne pas les imiter soi-même, plutôt que de s’occuper de ce que les prêtres devraient faire ou non ?

Mise en commun des biens et état de vie (1/2)
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