Femme lectrice et vie consacrée féminine

Peut-on revenir sur votre article “Deuxième lecture lue par une femme” ? Vous soutenez la proposition suivante: « aucun argument valable de peut empêcher les femmes de lire une lecture hors Evangile ». Permettez-moi de réagir, respectueusement. Traditionnellement, la proclamation de la Parole de Dieu est un office ministériel. Cela se voit particulièrement dans la forme extraordinaire du rite romain, où l’épître est chantée solennellement par le sous-diacre. Il en va de même dans les liturgies orientales. Une opinion communément répandue consiste à soutenir qu’il n’en va pas de même pour la forme ordinaire du rite romain. Il est vrai que le sous-diaconat comme ordre majeur n’existe plus, suite à son abolition par Paul VI dans Ministeria Quaedam. Mais c’est oublier que dans ce même texte, Paul VI crée deux “Ministères institués”: le lectorat et l’acolytat (qui peut s’appeler aussi sous-diaconat, comme le prévoit le texte). Or, “Etre institué lecteur et acolyte, conformément à la vénérable tradition de l’Église, est réservé aux hommes.” (MQ, VII). Et c’est très cohérent: traditionnellement, les ministres (qu’ils soient ou non ordonnés) sont tous des hommes, habillés selon leurs fonctions respectives (aube, soutane avec surplis, dalmatique, chasuble…). Bien entendu, il est hors de question de nier la bonne volonté des “lectrices” de nos paroisses. Seulement de contester une certaine manière de faire, qui se réclame de la réforme liturgique initiée par Vatican II, mais ne semble pas avoir lu ses textes. Veuillez cependant croire à ma profonde gratitude pour le travail exceptionnel que vous accomplissez, et dont je ne manque pas de faire l’éloge.

Cette question, accompagnée d’un commentaire et de précisions, réagit à notre article « Deuxième lecture lue par une femme » : https://www.reponses-catholiques.fr/deuxieme-lecture-lue-par-une-femme/. Nous remercions tout d’abord l’auteur de la question pour ses encouragements. Voir son travail qualifié « d’exceptionnel » est bien sûr un grand honneur, et, s’agissant de sa contribution à la plus grande gloire de Dieu, une joie profonde.

Nous maintenons cependant, point par point, notre précédente réponse, en apportant quelques précisions.

1° Il est évident que notre réponse portait sur le rite ordinaire romain, et non sur le rite extraordinaire ou sur des rites orientaux. Lorsque nous faisons référence à ces rites, nous le signalons. Donc ce que nous écrivons ne s’applique pas à ces cas. A l’inverse, prendre appui sur ces rites pour infirmer notre réponse n’est pas pertinent.

2° Nous sommes bien d’accord sur la nécessité de lire les textes du Magistère avant de s’exprimer sur ces sujets et ce qui est dit de Ministeria Quaedam est exact. Mais, quand on fait référence au Magistère, encore faut-il le faire jusqu’au bout en citant, non seulement ce texte mais toutes les interprétations du Magistère qui ont eu lieu par la suite. Le lecteur voulant aller plus loin pourra lire ce lien : https://www.ceremoniaire.net/depuis1969/docs/servantes_2003.html. Il verra que l’édition du Missel romain de 2000 et la lettre de 2001 mentionnée ne distinguent pas les hommes et les femmes dans le ministère extraordinaire du lectorat, mais seulement dans le service de l’autel.

3° En effet, nous l’avons déjà dit et les différents commentaires du Magistère ainsi recensés le confirment (nous renvoyons le lecteur aux références exactes pour ne pas alourdir notre propos), les ministères institués de Lecteur et d’Acolyte son destinés aux hommes. Les ministères extraordinaires qu’un évêque peut mettre en place dans son diocèse ne distinguent pas entre laïcs hommes et femmes. C’est ce que nous disons dans nos réponses, tant pour la lecture par les femmes, que par des fonctions d’acolyte (en particulier pour donner la communion) qu’elles tiennent en tant que ministre extraordinaire.

4° Par ailleurs, raisonnons par l’absurde : si on suivait l’auteur de la question et qu’on considérait qu’une femme ne peut exercer les fonctions de Lecteur, même comme ministre extraordinaire, pourquoi pourrait-elle lire la première lecture et le psaume et non la deuxième lecture ? Car rappelons que la question initiale portait sur la deuxième lecture. Qu’est-ce qui justifierait qu’elle lise une lecture et non l’autre ? Ce n’est pas une question de « bonne volonté » mais de logique. L’Evangile est réservé aux ministres ordonnés. Pas les autres lectures.

5° Continuons. Nous ne comprenons pas bien les propos de la question sur l’habit « selon leurs fonctions liturgiques » des ministres extraordinaires lisant pendant l’Eucharistie. Sauf lorsque c’est un servant d’autel qui fait les lectures (ce qui n’est pas courant mais peut arriver), les lecteurs n’ont pas d’habit particulier, qu’ils soient hommes ou femme. Evidemment, si c’est un religieux, une sœur  en habit ou une vierge consacrée qui lisent, ils portent éventuellement leur habit ou voile blanc, mais cela n’a rien à voir avec la question. (Ajoutons, même si ce n’est pas la question, qu’il en est exactement de même pour les ministres extraordinaires qui donnent la communion).

6° Enfin, encore une fois, cette question indique tout de même une méconnaissance profonde de a vie consacrée féminine, ce qui interroge sur la vie spirituelle d’un catholique. Que des hommes et des femmes s’engagent radicalement à suivre le Christ pauvre, chaste et obéissant, dans une consécration et des vœux religieux a permis une fécondité et une croissance extraordinaires de l’Eglise, cela depuis les temps apostoliques (cf. Ac 21 ; 1 Co 7 ; Ap 14, 4). Raconter que les femmes ne peuvent lire les lectures à la messe, c’est n’avoir jamais mis les pieds à une Eucharistie dans un couvent ou une communauté religieuse féminine. Qui lit les lectures pendant leurs messes si ce n’est une des sœurs, selon le lecteur ?

Il nous semble urgent que chaque lecteur qui le peut fréquente un monastère féminin et y participe à la liturgie. Y faire une retraite par exemple, permettrait au lecteur de participer à leurs eucharisties quotidiennes, de méditer sur la parole de Dieu, sur les textes du Magistère, de se faire accompagner spirituellement par une sœur mandatée pour cela, de découvrir le « sens de l’Eglise » et non celui de ses représentations et de ce qu’il croit savoir. Le temps de Carême est un moment privilégié pour cela.

Femme lectrice et vie consacrée féminine
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