Marx et St Paul (2/3)

Est-on obliger de se farcir Marx pour répondre aux marxistes? Le juge doit-il avoir tué pour juger l’assassin? Si les (soi-disant) athées avaient abordé la doctrine catholique sans a priori, avec un coeur ouvert, ne croyez pas qu’ils en seraient tombés amoureux. Or c’est l’ignorance le terreau de l’athéisme (ou alors l’égoïsme) (2/3)

Dieu merci, il s’est trouvé des penseurs catholiques pour avoir lu Marx et être en capacité de rejeter ses erreurs, à commencer par St Jean-Paul II. C’est la base tout travail philosophique depuis Socrate : échanger ses arguments avec l’autre dans un débat contradictoire. C’est aussi le principe de la théologie : elle progresse grâce à la recherche et à la disputatio, où les théologiens confrontent leurs idées.

A propos de Marx, le connaître permet de réfuter ses erreurs mais aussi celles de ceux qui lui font dire ce qu’il n’a jamais dit. Par exemple, le fameux « La religion est l’opium du peuple » n’est pas, chez Marx, une critique directe de la religion, si athée soit-il. Ce qu’il vise, quand on l’a lu, c’est l’injustice sociale et les structures aliénantes du peuple, qui ne lui donnent comme seul soulagement que la religion. C’est un palliatif, dans son esprit, plutôt qu’une drogue. Du coup, la violente critique de la religion des marxistes à partir de cette citation n’est pas fondée. C’est la critique sociale qu’ils devraient faire, s’ils respectaient la pensée de Marx.

Il en résulte que, si « les (soi-disant) athées avaient abordé la doctrine catholique sans a priori, avec un cœur ouvert » il ne faut pas croire « qu’ils en seraient tombés amoureux », cela pose un problème. Cela signifierait qu’il n’est pas possible d’annoncer l’Evangile à un athée, fut-il sincèrement en recherche et honnête intellectuellement. Cela ne correspond pas à la foi catholique. Au contraire, St Paul, dans le Discours d’Athènes (Ac 17), tente de convaincre les membres de l’Aréopage pétris de philosophie en utilisant leurs codes culturels. Il leur parle du « Dieu inconnu » dont ils connaissent le concept et leur cite Eschyle pour leur annoncer le Christ. Et il s’en trouve un pour se laisser toucher. St Augustin, dans De l’utilité de croire, s’adresse aussi à des païens honnêtes qui cherchent réellement la vérité, pour les convaincre du bien-fondé de la foi chrétienne. St François-Xavier fait de même aux peuples orientaux qu’il rencontre et qui ne croient pas en un Dieu transcendant. On pourrait multiplier les exemples.

Que l’égoïsme soit à la racine de formes d’athéisme est possible. Il est plus probable qu’il soit moteur d’une indifférence religieuse plutôt qu’un athéisme actif, qui est souvent une révolte contre le scandale du mal. Que l’ignorance en soit aussi une source, c’est, à notre avis, exact. Du coup, comment éclairer cette ignorance si on ne démontre pas la fausseté des idéologies athées ? Et comment le faire si on ne les connait pas ?

Marx et St Paul (2/3)
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