Marx et la théologie (2/3)

J’en déduis qu’en revanche, vous avez lu Marx. Ou peut-être est-il au programme dans les études de théologie actuelle?

Il nous est effectivement arrivé d’étudier un texte ou l’autre de Marx dans nos études canoniques. Cela nous évite de dire de grosses bêtises à son propos et de pouvoir étayer les objections de l’argumentation chrétienne à ses théories.

Les études canoniques de théologie contiennent 40% de philosophie. Le Pape Benoît XVI a demandé que la proportion de philosophie soit augmentée dans ces cycles, ce qui a rallongé le premier cycle d’un an. Il avait conscience, en effet, qu’un solide bagage en philosophie et en sciences humaines est indispensable pour un prêtre actuel ou toute personne amenée à enseigner la foi chrétienne. Partant de là, Marx étant un auteur qui a compté, qu’on soit d’accord ou non, dans l’histoire de la philosophie, il est étudié dans certaines facultés. Par exemple, un des plus grands théologiens du XXe siècle, Hans Urs von Balthasar, l’analyse très bien pour en démontrer les erreurs.

Ceci dit, l’influence de Marx n’est pas aussi cruciale que deux auteurs dont il s’inspire, Hegel et Bentham. Hegel a profondément marqué la pensée occidentale, avec sa dialectique qu’on retrouve dans le matérialisme dialectique marxiste, et peu d’auteurs chrétiens ont réussi à se faire entendre contre lui. Il faut attendre le siècle suivant, avec la phénoménologie, d’Husserl et Edith Stein, ou des philosophes spiritualistes comme Bergson pour qu’ils soient audibles.

Jeremy Bentham est très peu connu. Pourtant sa doctrine utilitariste du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre » est dominante à la fois dans le marxisme et le libéralisme. Toute notre vie économique, politique et administrative est finalement marquée par cet utilitarisme qui autorise à sacrifier quelques-uns au bénéfice d’un plus grand nombre, et à prendre en compte les personnes selon leur utilité : c’est l’intérêt général (utilitaire), plutôt que le bien commun (faisant appel à une morale indépendante des circonstances). Cette doctrine a justifié, par la suite, à la fois la dictature du prolétariat éliminant une classe pour le bien d’une autre plus nombreuse, la « culture du déchet » (Pape François) économique ou l’avortement de personnes handicapées « inutiles ». Laudato Si est une contestation de l’utilitarisme, d’où sa critique à la fois par des libéraux « de droite » et des libertaires laïcistes « de gauche ».

 

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