Manque de prêtres et Eglise schizophrène

Le manque de prêtres n’entraine-t-il pas pour l’Eglise catholique une situation un peu schizophrénique ? Dans certaines paroisses urbaines, on continue d’enseigner la doctrine traditionnelle du salut par les sacrements. Dans des zones rurales, non plus seulement des paroisses mais des doyennés entiers, on est obligé faute de prêtres d’affirmer avec St Thomas que la puissance de Dieu n’est pas limitée par les sacrements…

Nous avons répondu plusieurs fois à des questions similaires de la même personne : Comment maintenir une paroisse qui perd son prêtre? – Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr)Que faire pour accompagner un mourant ne pouvant se confesser? – Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Théologie sacramentelle, pénurie de prêtres et laïcs – Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr) ; Que proposer pour susciter des vocations sacerdotales? – Réponses catholiques (reponses-catholiques.fr). Nous continuerons à dire que le manque de prêtres n’est pas une raison pour abandonner l’Enseignement de l’Eglise catholique, on l’a vu avec Querida Amazonia qui se penchait sur le même problème.

Il n’y a pas d’autre contradiction que le réalisme, la nécessité et l’adaptation à la situation. Comme un enseignant jésuite l’a dit un jour à propos des règles incluses dans les Constitutions de la Compagnie : « On fera toujours comme ça sauf quand on fera autrement ». Cet ordre montre à quel point l’évangélisation passe par la capacité à s’adapter au manque de moyens.

De même, les chrétiens japonais sont restés fidèles à la foi pendant 250 ans dans une clandestinité absolue, après des persécutions monstrueuses, sans prêtres, se contentant des deux sacrements que les laïcs peuvent administrer : le Baptême et le Mariage. Mais ils ont pu le faire parce qu’ils ont été évangélisés par des prêtres au préalable.

Ca n’a pas empêché que, lors de la fin des persécutions à l’ère Meiji, les prêtres sont revenus et la vie sacramentelle a repris normalement. Ce n’est pas parce que des gens sont restés sans prêtres pendant 250 ans que l’Eglise a été « schizophrène » dans l’enseignement de sa doctrine et qu’il fallait continuer à se passer de prêtres après. L’Eglise du Japon a simplement fait comme elle a pu.

Qu’attend l’auteur de la question pour devenir diacre ? S’il l’est déjà quelles actions met-il en place pour évangéliser des jeunes (et moins jeunes, là aussi, certaines zones rurales sont vieillissantes) pour le suivre ou entrer au séminaire ? Si, pour une raison ou une autre, il ne peut plus agir, pour organiser un groupe de prière accessible même aux plus âgés et aux plus dépendants ?

Car encore faut-il croire à la force de la prière. Les prêtres de l’Emmanuel qui ont repris la paroisse de St Nicolas des Champs à Paris ont trouvé une paroisse désertique dans un quartier très mélangé ethniquement et socialement, très peu christianisé. Ils ont prié le chapelet pendant des mois autour de l’église vide avant que des personnes n’en franchissent enfin la porte et qu’une vie paroissiale puisse reprendre. C’est maintenant une des plus bondées de la capitale lors des veillées de guérison du jeudi, plus de 1500 personnes y viennent. Encore faut-il qu’ils aient eu une proposition qui réponde aux attentes de nos contemporains : tout le monde a besoin de guérir de quelque chose ou connait quelqu’un qui en a besoin. Ils ont essaimé et l’archevêque de Paris lui-même a repris l’organisation de ce type de veillées pour le diocèse, qui sont en grande partie animées par des laïcs.

Ce n’est pas nous, pas même l’Eglise, qui auront une solution toute faite à la désertification des campagnes, d’où les commerces, les emplois, les transports disparaissent autant que les prêtres. Mais il faut la foi, la persévérance et le temps. Et, comme le dit le Pape François, « le temps est supérieur à l’espace ».

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Commentaires

  1. Les prêtres ne manquent nullement part dans l’Eglise catholique romaine. Celle-ci est la seule confession chrétienne qui a encore de nombreux prêtres à travers le monde. Mais il manque notre sens de “l’universalité de l’Eglise”. Celle-ci a été remplacée par le “jumelage et le partenariat”, deux concepts empruntés furtivement au monde politique et économique. Nul besoin de rappeler que 3/4 des prêtres et évêques d’Europe sont contre la présence des prêtres “étrangers” en Europe! On peut compter le nombre de prêtres “étrangers” en France et en Europe sans paroisse! Le 21 juin 2021, l’évêque de Nice a renvoyé dix prêtres “étrangers”, alors que la plupart d’entre eux avaient encore la possibilité de renouveler leur mandat de trois ans, mais Mgr Marceau a refusé tout en sachant qu’il a fêté ses 75 ans le 06 mai 2021. Bref, arrêtons de justifier notre égoïsme en brandissant le prétendu “manque de prêtres”. Retrouvons le sens de l’Eglise universelle. Le clergé n’est pas une “secte mafieuse” pour n’accueillir que les adeptes sous les concepts de “jumelage” et de “partenariat”. Convertissons-nous.

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