Manger casher?

Je suis tombée sur votre article concernant la consommation de viande Halal par un chrétien. En effet une amie m’a indiquée que sa religion lui interdit de consommer un animal tué pour une autre religion j’ai voulu en savoir plus. Je voudrais donc vous demander ce qu’il en est de la viande casher ? Merci.

La réponse sera un peu différente que dans l’article https://www.reponses-catholiques.fr/consommer-de-la-viande-hallal-est-il-un-peche-pour-les-chretiens/, à propos du cas de la casherout. Les enjeux ne sont pas tout à fait symétriques, même s’ils ont des points communs. Commençons par les points communs : il n’y a pas d’obstacle rituel à manger casher. Précisons que le problème que St Paul traite à propos des idolothytes, dans la Première lettre aux Corinthiens, porte sur des viandes sacrifiées aux idoles. Il ne s’agit pas à proprement parler de tuer ou non pour une autre religion mais pour quelqu’un d’autre que Dieu. On ne peut pas dire que ce soit le cas dans l’Islam. Et c’est absurde de le dire à propos du judaïsme, puisque le Dieu des Juifs est celui des chrétiens. Dire le contraire relève de l’hérésie marcionniste. Donc, tout comme pour les viandes halal, manger de la nourriture casher ne pose pas de problème religieux. D’ailleurs, le Christ et les Apôtres respectaient la casherout.

Toujours comme dans l’article en référence, un aspect plus profond du problème est d’accepter ainsi de financer le culte juif. Qu’est-ce que cela induit ? D’abord, il n’est pas similaire de manger cette nourriture si on l’achète, ou si on est, par exemple, invité dans une famille juive.

D’autre part, sur le plan théologique, l’Enseignement de l’Eglise ne nous dit pas la même chose sur l’Islam et sur le judaïsme, surtout depuis le texte de Vatican II Nostra Aetate. La permanence de l’existence d’Israël est maintenant acceptée comme faisant partie mystérieusement du plan de Dieu, qui ne revient jamais sur ses promesses. « Nos frères aînés dans la foi » (St Jean-Paul II) sont un signe de l’Alliance qui demeure. Nous prions pour les Juifs dans la grande intercession du Vendredi Saint. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faille pas leur annoncer la Bonne Nouvelle et accompagner au baptême ceux qui la reçoivent.

En outre, sur le plan sociétal, force est de constater que l’antisémitisme et la cathophobie sont systématiquement liés. C’était vrai avec le nazisme, le communisme, c’est encore vrai avec le fondamentalisme islamiste. Payer un repas casher n’a donc pas les mêmes conséquences qu’un repas halal. Le lecteur est libre d’estimer que ce n’est pas opportun. Ce n’est, en tous cas, pas peccamineux et pas forcément un affaiblissement du christianisme.

Mais voyons enfin un aspect de la question dont on ne parle jamais. St Paul nous enseigne comment les chrétiens sont libérés de la Loi et n’ont plus à manger casher. Un repas vraiment casher implique que des non-juifs ne peuvent y participer. C’est déjà ne pas respecter la casherout que de manger avec un chrétien et St Paul l’avait déjà pointé en critiquant violemment ceux qui refusaient de manger avec leurs frères d’origine païenne à Antioche. Donc, si le lecteur se retrouve à prendre un repas avec des Juifs ou dans un restaurant juif, ces derniers ne sont pas des observants pratiquant correctement leur Loi au regard des plus orthodoxes. Nous, chrétiens, sommes libérés de ce légalisme et cette fermeture.

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