L’Inquisition

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Comment l’Eglise peut elle être crédible après les horreurs de l’Inquisition?

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. La première serait d’élargir la question : « comment peut-on rouler avec des voitures allemandes après les horreurs de la Shoah ? », « comment prendre les trains de compagnies de chemin de fer qui ont déporté des millions de gens ? », « Comment aller en Chine, acheter chinois, parler à des personnes publiques chinoises après les horreurs de la Révolution culturelle ? » « Comment faire de même avec n’importe quel pays musulman après les horreurs des invasions arabes et ottomanes en Europe ? », « Comment la République française peut être crédible après le génocide vendéen ? » etc.

Une autre façon serait de se renseigner sur l’Inquisition, ses méthodes et ses actions. Par exemple, on pourrait voir que l’Inquisition espagnole avait des problèmes à traiter très différents du reste de l’Europe. Après sept siècles d’une domination musulmane qui a été très dure pour les populations chrétiennes – cf. les martyres de St Rodrigue, Ste Nathalie, St Parfait etc – le travail de l’Inquisition espagnole à partir du XVe siècle a surtout joué un rôle d’épuration des influences de l’ancien occupant, tout comme l’Epuration après la Deuxième guerre mondiale en France ou les programmes de Lustration dans plusieurs pays de l’Est après la chute du communisme. Le rôle était donc fortement politique. Et quand il n’y avait rien à reprocher à la personne, elle était aquittée: St Ignace de Loyola et Ste Thérèse d’Avila ont eu tous les deux à répondre de leur doctrine devant l’Inquisition et ont été canonisés en même temps au siècle suivant.

Espagne exceptée, un lecteur ne s’arrêtant pas à la propagande anticatholique depuis les Lumières, s’aviserait que :

  • Les Papes avaient interdit la torture dès le haut Moyen-Age. Elle a été ré-autorisée au moment de l’hérésie cathare, ce qui montre une distorsion, et même une infidélité, de l’Eglise à son propre Magistère sur ce point. Distorsion sur laquelle elle est revenue ensuite. Comment donc remettre sans nuance en cause la crédibilité d’une institution qui corrige ses propres erreurs à partir de ses propres dispositifs ?
  • Ce n’était pas l’Inquisition qui prononçaient les condamnations, et encore moins les exécutait mais le pouvoir civil. L’Inquisition ne prononçait que les condamnations d’hérésie et les condamnations proprement religieuses (excommunication). C’est donc le pouvoir civil qui prononçait les sentences de peine corporelles, prison ou de mort. Cela n’exonère pas l’Inquisition de sa responsabilité mais oblige les autorités civiles à porter leur part de responsabilité. Ce qui est rarement fait
  • Hors Espagne, 2% des jugements de l’Inquisition se traduisaient en condamnation à mort. Le but était donc de sauver la personne et de l’amener à se repentir. Il paraît difficile de soutenir qu’une institution quelle qu’elle soit ne soit pas crédible pour un taux problématique de 2%.

Par ailleurs, un bon connaisseur du droit français pourrait faire remarquer que l’Inquisition a inventé la procédure judiciaire moderne, en créant ce qui est devenu le juge d’instruction, chargé d’enquêter à charge et à décharge. Jusque-là, les procédures étaient essentiellement fondées sur des témoignages ou ordalies. Ce qui pose la question de la crédibilité de la Magistrature au moins autant que celle de l’Eglise.

Enfin, un observateur honnête pourrait analyser les actions de l’Eglise sur 2000 ans, en regardant les écoles, universités, hôpitaux, centres caritatifs, œuvres d’art, ouvrages scientifiques, centre de réfugiés, médiations pour la paix comme en Colombie récemment etc. qu’il doit à l’Eglise.

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