Libre arbitre

Question: Le libre arbitre était une théorie de st Thomas d’Hippone. Cette théorie est battue en brèche par la science et par le bon sens. Notre arbitrage (nos choix) ne peuvent évidemment pas être libres. Ni un peu, ni même un tout petit peu. Parce que nous choisissons toujours telle ou telle chose pour une raison. Nos comportements sont d’ailleurs prédictibles. Ce simple fait, si vous le comprenez clairement, dispense de longues explications. Du reste la simple croyance en une  prophétie quelconque, ruine pour toujours la théorie du libre arbitre.  Il reste également que notre conscience est avertie en dernier des actions et des choix de notre cerveau… si la conscience n’est pas décisionnaire, alors le libre arbitre n’est plus qu’un rêve. Bref, Spinoza a intégralement raison. Pourquoi ne pas faire la lumière sur cela et se souvenir que cette notion technique qu’est le libre arbitre (et que je vous demanderai de bien vouloir ne pas confondre avec le choix – par pitié), est juste une hypothèse farfelue destinée originellement, à dédouaner Dieu de la responsabilité du mal, n’était qu’une erreur obsolète ?

Cher lecteur, je ne suis absolument pas d’accord avec vous. D’abord, il ne me semble pas que tous nos actes soient prédictibles. Personnellement, il m’est souvent arrivé d’être surpris par les actes de telle personne que je connaissais, et même de très proches. Ensuite, s’il est bien évident que certains de nos actes obéissent à des mobiles inconscients, ce n’est pas le cas de tous. Là encore, nous avons tous fait l’expérience d’actes posés après mûre réflexion. Enfin, ce n’est pas parce qu’un acte obéit à une raison qu’il n’est pas libre. Ou, plus exactement, ce n’est vrai que dans la conception moderne de la liberté où notre liberté, pour exister, devrait être illimitée (ce qui impliquerait qu’elle ne soit même pas bornée par les postulats de la logique: c’est ainsi que l’on prétend, aujourd’hui, se “libérer” du principe de non-contradiction…). La liberté chrétienne n’est pas une liberté illimitée, mais c’est une liberté réelle: nous sommes responsables de nos choix (au moins de certains d’entre eux) et, en dernier ressort, nous pouvons parfaitement refuser le salut de Dieu. C’est exactement ce que la tradition théologique (et même philosophique) appelle le libre arbitre.

NB: je pense que vous parlez de saint Thomas d’Aquin et non de saint Augustin d’Hippone, le premier ayant laissé une place beaucoup plus vaste que le second au libre arbitre dans sa théologie. Mais saint Augustin lui-même, bien qu’il soit essentiellement un docteur de la grâce, croit, comme tous les théologiens chrétiens à la liberté humaine.

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