Liberté d’enseignement en théologie (1/2)

Suite à la lecture de votre réponse concernant l’université Domuni, je me permets de vous communiquer les éléments me posant question à savoir: des cours sur la franc maçonnerie ayant pour dernier chapitre “les artisans de la paix” avant la conclusion lien : http://www.domuni.eu/fr/%C3%A9glise-catholique-et-francmaconnerie, puis des cours sur le bouddhisme (http://www.domuni.eu/fr/diplomes/thich-nhat-hanh-dialogue-entre-bouddhistes-et-catholiques), des cours sur le vaudou (http://www.domuni.eu/fr/diplomes/le-vaudou). Il est intéressant d’étudier les autres religions, courants afin d’apprendre/comprendre du monde qui nous entoure, de dialoguer dans la paix mais ces cours font des parallèles avec le christianisme alors même que des figures comme le Père Verlinde nous invitent à ne pas en faire. Comment donc se positionner en tant que chrétien? J’ai pour habitude de me rendre au mémorial de Tibhirine qui nous enjoint à nous rapprocher de nos frères musulmans, de même pourquoi agir différemment avec les bouddhistes ou les francs maçons? Certains chrétiens considèrent l’islam comme relevant du malin, tout comme le bouddhisme et la franc-maçonnerie, comment s’y retrouver? Puisque des théologiens de l’Eglise dressent des parallèles, existe t’il un danger spirituel en tant que croyant ou/et étudiant ? (1/2)

Il nous semble que cette question, faisant suite à notre article « Domuni » (https://www.reponses-catholiques.fr/domuni/)  soulève en fait deux sujets : 1° la question du contenu des enseignements en faculté de théologie et 2° la question du dialogue interreligieux. Nous la traitons donc en deux billets.

1° Liberté d’enseignement en théologie et Magistère de l’Eglise

Insistons tout d’abord sur le fait que la théologie est une science, une discipline universitaire et qu’elle bénéficie par conséquent de la liberté de recherche et d’enseignement de toute discipline universitaire. Le Pape Benoît XVI, lui-même théologien, l’a rappelé à plusieurs reprises et a protégé un certain nombre de professeurs, alors même que leur enseignement heurtait assez frontalement sa propre théologie et des points non négligeables du Magistère.

Comme champ de recherche, la théologie questionne, évolue et fait avancer le Magistère. C’est vrai également pour n’importe quelle discipline universitaire profane : elles n’avancent que par la liberté de recherche et d’enseignement. Mais c’est aussi vrai en théologie.  N’oublions d’ailleurs pas que l’université est née au Moyen Age, à la Sorbonne ou Bologne, pour enseigner d’abord la théologie, puis les autres matières. Sans les innovations d’un Basile de Césarée, d’un St Augustin, d’un Thomas d’Aquin, mais aussi d’une Edith Stein, d’un Hutchison ou d’un Hauerwas, la foi chrétienne n’aurait pas pu se construire depuis les temps apostoliques.

Bien sûr, la théologie catholique s’appuie sur l’Ecriture et la Tradition et il arrive que des théologiens sortent de ce cadre. Certains sont par conséquent interdits d’enseignement, surtout quand ils ne reviennent pas de leurs erreurs. La conséquence en est que, tant qu’un théologien n’a pas été interdit d’enseignement et donne ses cours dans une faculté habilitée à délivrer des diplômes canoniques, il a toute liberté et licéité pour exposer ses thèses.

Nous n’avons pas accès aux cours de Domuni cités dans la question, puisqu’ils sont payants. Nous ne prononçons donc pas sur leur contenu. Mais rien ne nous permet de dire qu’ils présentent « un danger » pour qui les suit. S’ils ne conviennent pas au lecteur, à lui de faire son benchmarking et d’aller prendre des cours qui lui semblent meilleurs dans une autre faculté catholique. Mentionnons d’ailleurs que ce sont le plus souvent des cours de master/deuxième cycle. Ils s’adressent donc à des étudiants ayant derrière eux un bagage d’au moins trois ans de théologie, voire deux en de philosophie en plus. Si au bout d’un cursus de premier cycle, on n’est pas capable de faire la part des choses sur ce que raconte un professeur, c’est inquiétant pour le discernement de l’étudiant/auditeur et pour les compétences de la faculté qui a délivré le diplôme de premier cycle.

Car le propre de la méthode théologique, c’est d’apprendre à penser par soi-même, mais en se fondant sur l’Ecriture et la Tradition. La Traditions universitaire est de s’appuyer sur des auteurs. Mais qui décide qu’un auteur qui a autorité pour s’exprimer dans l’Eglise est plus valable qu’un autre ? Pour reprendre les exemples donnés dans la question, en quoi l’opinion du P. Verlinde est plus fondée que celle de Christian du Chergé, dont la cause de béatification est bien avancée ?

Nous n’apportons pas de réponse à cette question, pas plus que nous ne défendons ou infirmons les enseignants des cours cités. Il nous semble cependant qu’après avoir suivi ces cours et réalisé un mémoire de recherche, un étudiant de fin de deuxième cycle doit être capable de discuter ces auteurs et, s’il veut les critiquer, d’avoir les connaissances suffisantes pour aller chercher d’autres auteurs et étayer sa critique grâce à eux. Autrement, s’il est en « danger » parce qu’il suit un cours, s’il ne peut se confronter à des thèses discutables, et même, allons jusqu’au bout, erronées, cela nous parait clair : cela pose question sur les capacités d’un diplômé de second cycle qui, je rappelle, est habilité à enseigner en séminaire, et donc à répondre à des objections pointues.

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