L’évêque “mari d’une seule femme”?

Pourriez-vous expliquer 1 Timothée 3:2 qui dit que l’évêque doit être “mari d’une seul femme” ?

Cela signifie que l’évêque doit bien sûr être fidèle à sa femme, qu’il ne doit pas divorcer, mais aussi qu’il ne peut se remarier en cas de veuvage. Lors de la rédaction de cette Epître à Timothée, les ministères ordonnés en sont à leurs balbutiements, même s’ils existent déjà : il y a des « surveillants », episcopos en grec, des « anciens » (presbuteros) et des servants, (diakonos) dans cette même lettre.

Le célibat pour les évêques, comme pour les prêtres, n’a pas été obligatoire tout de suite, même s’il est pratiqué dès les temps apostoliques. Il était déjà largement généralisé à la fin de l’Antiquité, comme l’exemple de St Augustin le montre.

Ajoutons qu’au verset 13, le diacre est aussi « l’homme d’une seule femme », et que cette tradition s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui.

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Commentaires

  1. Abbé Guy Pagès

    l’Eglise n’a jamais exclu du sacrement de l’ordre celui qui n’aurait pas d’enfant, ce que pourtant saint Paul demande aussi dans ce verset ! Ce que saint Paul entend ici demander, comme le reste du verset le montre, c’est le minimum de garantie morale du candidat, étant donné que dans le contexte de l’époque, le célibat ne faisait pas partie des mœurs, mais était même vu comme une malédiction, en sorte qu’il aurait été impossible de trouver des hommes d’âge mûr, responsables, et célibataires. Mais que saint Paul demande de trouver un homme de mœurs intègres ne signifie pas pour autant qu’il ne demandait pas que celui-ci ne vécût pas dans la continence, à l’exemple des Apôtres, dont il devait devenir l’un des leurs. Le fait qu’il ne voulait ordonner prêtre que des hommes ne s’étant mariés qu’une seule fois (1 Tim 3.2) laisse entendre qu’il ne faisait pas confiance aux veufs remariés pour garder la continence. D’ailleurs, le fait que quelques versets plus loin, saint Paul demande la même chose du candidat au diaconat, à savoir qu’il soit mari d’une seule femme (1 Tm 3.12), et des veuves demandant à faire partie du groupe des veuves, qu’elles n’aient été mariées qu’une seule fois (1 Tm 5.9), montre bien qu’il veut s’assurer de la fidélité, et donc de la moralité du candidat, et non imposer le mariage comme une condition. Dans le cas contraire saint Paul n’aurait pas cru devoir rappeler comme condition le principe de la monogamie, la seule mention du fait d’être marié eût suffi. Mais surtout, si la discipline de l’Eglise en matière de sexualité pour la réception du sacrement de l’Ordre était fondée sur la demande de saint Paul d’être marié, et donc sans lien avec la continence, on ne voit pas alors pourquoi l’Eglise ordonne des diacres célibataires, ni surtout pourquoi les évêques sont tenus depuis toujours d’être célibataires même dans les Eglises d’Orient…

    Parce que la règle des Apôtres était la règle du Seigneur, la continence a été la règle de l’Église primitive, et celle que doit suivre l’Église jusqu’au retour du Seigneur. Rappelons que la plus ancienne trace ecclésiale écrite au sujet de cette tradition, issue du concile d’Elvire, datant vraisemblablement de l’an 300, témoigne sans doute possible en faveur du lien entre continence et sacerdoce : « Un évêque, ainsi que tout autre clerc, n’aura avec lui que sa sœur ou sa fille si elle est consacrée à Dieu ; il a été décidé qu’en aucune manière il n’aura avec lui une étrangère.» (Denzinger 118) ; et le même concile enfonce le clou : « Il a été décidé d’imposer l’interdiction absolue suivante aux évêques, aux presbytres et aux diacres, ainsi qu’aux clercs qui assurent le ministère : ils s’abstiendront de leurs épouses et n’engendreront pas d’enfants ; quiconque le fera, sera chassé du rang des clercs. » (Denzinger 119). Nous pourrions encore ajouter d’autres témoignages, tel celui du Pape Sirice, en 385 : « … Nous avons appris en effet que beaucoup de prêtres du Christ et de lévites, longtemps après leur consécration, ont procréé une descendance aussi bien de leur propre mariage que d’un commerce honteux, et qu’ils défendent leur méfait en prétextant qu’on lit dans l’Ancien Testament que la permission d’engendrer est accordée aux prêtres et aux ministres » (Lettre Directa ad decessorem, Denzinger 185). Pie XI enseigne l’origine apostolique de la continence attachée au service de l’autel : « De fait, la loi du célibat ecclésiastique, dont la première trace écrite, qui suppose évidemment une coutume plus ancienne, se rencontre dans un canon du Concile d’Elvire (28) au début du IVe siècle, alors que la persécution sévissait encore, ne fait que rendre obligatoire une certaine exigence morale, pourrions-nous dire, qui ressort de l’Évangile et la prédication apostolique. Constater la haute estime dont le divin Maître avait fait montre pour la chasteté en l’exaltant comme une chose qui dépasse les forces ordinaires (Mt 19.11) ; savoir qu’Il était ” fleur d’une mère vierge “, et depuis l’enfance élevé dans la famille virginale de Marie et de Joseph ; voir sa prédilection pour les âmes pures, comme les deux Jean, le Baptiste et l’Évangéliste ; entendre le grand Apôtre Paul, fidèle interprète de la loi évangélique et des pensées du Christ, prêcher le prix inestimable de la virginité, spécialement dans le but d’un service de Dieu plus assidu : celui qui est sans épouse se préoccupe des choses du Seigneur ; il cherche comment plaire à Dieu (1 Co 7.32) ; tout cela devrait pour ainsi dire nécessairement faire sentir aux prêtres de la Nouvelle Alliance l’attrait céleste de cette vertu choisie, leur faire désirer d’être du nombre de ceux à qui il a été donné de comprendre cette parole (Mt 19.11), et leur faire adopter spontanément cette observance, sanctionnée très tôt par une loi très grave dans toute l’Eglise latine, ” afin que ce que les Apôtres ont enseigné – comme l’affirme à la fin du IVe siècle le IIIe Concile de Carthage – et ce que nos prédécesseurs ont observé, nous aussi, nous y soyons fidèles. » (Encyclique Ad sacerdotti catholici, § 30). Il est ainsi indéniable que pour l’Église primitive l’état conjugal des prêtres se conjuguait avec la continence.[4] Vérité qui manifestement a aujourd’hui disparue jusque dans nombre de considérations magistérielles, puisque notamment le statut des prêtres mariés dans les Églises d’Orient n’y est jamais pensé que selon l’usage naturel du mariage. Aussi comprenons-nous que si le Décret Presbyterorum ordinis enseigne que « la pratique de la continence parfaite et perpétuelle n’est pas exigée par la nature du sacerdoce », c’est à la faveur de l’amalgame entre « la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des cieux » et le célibat, qui, lui, n’est effectivement pas exigé « par la nature du sacerdoce », puisqu’il y a eu aussi bien des Apôtres mariés que des évêques sommés de s’abstenir de leur épouse.

    Et lorsque le Décret continue : « C’est donc pour des motifs fondés dans le mystère du Christ et Sa mission, que le célibat, d’abord recommandé aux prêtres, a été ensuite imposé par une loi dans l’Église latine à tous ceux qui se présentent aux ordres sacrés. » (Presbyterium Ordinis 16 §3), nous ne comprenons pas, comme la plupart, que la continence n’aurait que tardivement été de rigueur dans l’histoire de l’Église, mais nous comprenons que si le célibat a seulement été « recommandé » au début de l’histoire de celle-ci, cela tient au fait que la continence ne pouvait y être vécue en cet état de vie, puisque celui-ci n’étant pas encore choisi « pour le Royaume des Cieux » (Mt 19.12), il n’était pas non plus répandu, et qu’ensuite l’étant devenu, et parce qu’il est davantage accordé à la continence perpétuelle, le célibat fut imposé.

    La raison de « la pratique de la continence parfaite et perpétuelle » ne doit pas tant être cherchée dans la nature de la mission sacerdotale, en tant qu’elle « est à la fois signe et stimulant de la charité pastorale, une source particulière de fécondité spirituelle dans le monde » (P.O. 16 §3) que dans le « mystère du Christ ». « La pratique de la continence parfaite et perpétuelle pour le Royaume des cieux » ne dit-elle pas elle-même qu’elle est relative au « Royaume des cieux » ? Et si sa raison d’être est le Royaume des Cieux, dans lequel on ne se marie pas, mais où l’on y vit comme les anges, comment la pratique de la continence parfaite et perpétuelle pourrait-elle être de nature disciplinaire ? A moins de considérer qu’il s’agisse de la discipline des anges, immuable et éternelle ? Si « Les clercs sont tenus par l’obligation de garder la continence parfaite et perpétuelle “à cause du Royaume des Cieux” (Can. 277 – § 1) », ce n’est donc pas pour une autre raison. Si la discipline peut être relâchée, parce qu’elle est par nature temporelle, le Royaume des Cieux est quant à lui éternel, immuable …Cf. https://www.islam-et-verite.com/5576-2/

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