Les saints et les saints de St Paul

Je vous remercie d’avoir pris ma question en considération en y apportant votre réponse sur le bon larron. Votre site porte bien son nom et répond donc bien à sa mission. En lisant votre réponse, je bute sur un paragraphe: “S’agissant des saints, on remarquera néanmoins que l’Eglise affirme, après une longue procédure qui dure parfois des siècles, qu’ils sont au Ciel après leur mort. Le saint lui-même ne pouvait pas en être sûr pour lui-même avant de mourir.” De quoi s’agit-il? J’avoue ne pas comprendre… De plus, et de façon corollaire, faites-vous une différence entre les saints mentionnés par Saint-Paul dans ses épîtres et les Saints canonisés ? Dans l’affirmative, d’où viendrait cette différence?

Nous sommes heureux que nos lecteurs estiment que notre site réponde bien à sa mission d’annoncer l’Evangile, à sa façon, et que l’article « Bon Larron et certitude du Ciel » (https://www.reponses-catholiques.fr/bon-larron-et-certitude-du-ciel/) y ait apporté une contribution. Nous répondrons à cette question-ci en commençant par la fin.

St Paul appelle « saints » tous les chrétiens des toutes jeunes communautés. En effet, ces derniers ont renoncé au péché au moment du baptême et tentent de vivre une vie évangélique bien plus radicale que la plupart d’entre nous aujourd’hui. En outre, plusieurs sont morts martyrs, déjà du temps de St Paul, ce qui est la première voie de canonisation.

Les communautés chrétiennes ont néanmoins fait vite le constat – et c’était déjà vrai dans les temps apostoliques, comme les Epîtres de Paul, mais aussi de Jean, de Pierre, Jacques et Jude  le montrent bien – que leurs membres n’étaient pas si saints que ça : hérétiques, apostats, personnes aux mauvaises mœurs… Etaient bien présents.

Sans entrer dans les détails, l’Eglise en a pris acte en prévoyant au fil des âges des pénitences et ce qui allait devenir petit à petit le Sacrement de la Réconciliation. Il est bien fait parce que nous ne sommes pas aussi saints que St Paul le dit.

Cela n’empêche pas que certains ont une vie réellement évangélique, ou confessent leur foi parfois jusqu’au martyre, qui leur donne une réputation de sainteté parmi les fidèles. Comment faire, alors, pour distinguer une sainteté réellement perçue par le sensus fidei et ce qui relève de la rumeur, de l’opinion, voire de la manipulation ? Surtout quand on attribue des miracles à la personne en question ? Bref, comment être sûr que la personne est vraiment sainte et ne pas canoniser les gens « à la tête du client » ?

C’est pourquoi l’Eglise a élaboré au fil du temps une procédure que nous résumons dans notre article « Canonisation et perfection » : https://www.reponses-catholiques.fr/canonisation-et-perfection/. Dans tous les cas, il faut des délais assez longs, ne serait-ce que pour commencer un procès en béatification : 5 ans minimum, puis 5 ans de plus pour une canonisation. Il y a bien sûr des exceptions quand l’héroïcité des vertus et le sensus fidei sont sans équivoque. Cela a été le cas récemment pour Mère Teresa et Jean-Paul II.

La plupart des béatifications et canonisations des non martyrs demandent un miracle après la mort de la personne (mais là aussi, il y a des exceptions, que le Pape François a appliquées pour Jean XXIII, par exemple). Donc, là, le délai dépend de l’avènement du miracle et personne ne le maîtrise. Cela peut prendre des siècles.

En résumé, un saint est canoniquement reconnu par l’Eglise après le procès en béatification, puis éventuellement de canonisation, ce qui demande des délais, des analyses, des témoignages, éventuellement l’identification d’un miracle à l’intercession de cette personne après sa mort etc. Donc personne n’est avec certitude saint avant sa mort.

Les saints et les saints de St Paul
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