Les philosophes sont-ils sauvés?

Je me pose la question de la destinée post-mortem des philosophes grecs païens. En effet, ceux-ci ne reconnaissaient pas Dieu par la foi (par la raison par contre, notamment Platon, ce n’est pas impossible), étaient païens et idolâtres. Pour autant la géologie chrétienne ne serait pas ce qu’elle est sans sa réflexion sur la sagesse antique et païenne (toute la scolastique et nombre de docteurs de l’Eglise était platonicien ou aristotélicien). Comment faire coïncider ces eux éléments antagonistes: à la fois païens et sources théologiques ? Ces philosophes peuvent-ils espérer le salut malgré tout ou sont-ils condamnés à l’enfer pour avoir vécu malgré eux dans de mauvaises sociétés, impies, malgré leur sagesse finalement très chrétienne (mais sans foi)?

C’est tout à fait exact. La théologie (et non géologie) chrétienne doit énormément aux philosophes grecs et a réussi une synthèse harmonieuse entre cette philosophie, celle d’Aristote en particulier, et la Révélation juive. On ne pourrait penser la Trinité, l’Incarnation, l’Eucharistie, sans des concepts grecs et St Thomas d’Aquin appelait d’ailleurs Aristote, « le Philosophe » : non pas un parmi d’autres mais celui de référence.

La question de leur destinée post-mortem n’est toutefois pas différente de n’importe quelle personne non juive et non chrétienne, en tous cas des adeptes d’autres religions : ils croient en une forme de déité, contribuent au bien commun, ont éventuellement  un comportement éthique. Dès l’Ancien Testament, les Juifs ont admis qu’il pouvait y avoir des Justes païens, dont les lointains successeurs sont les Justes parmi les Nations honorés au Mémorial de la Shoah à Yad Vashem, parce qu’ils ont sauvé des Juifs du nazisme.

La théologie catholique ne dit pas autre chose. Comme l’explique notre article « Hors de l’Eglise, point de salut » (https://www.reponses-catholiques.fr/hors-de-leglise-point-de-salut/), Jésus-Christ est venu pour le salut de tous (1 Tm 2, 4). Cela ne signifie peut-être pas que tous sont sauvés mais que tous peuvent l’être. Quelqu’un qui n’a jamais eu accès à la Bonne Nouvelle de Jésus peut néanmoins être englobé dans son salut.

En outre, tout homme a une raison et peut donc avoir un agir éthique. Par conséquent, tout homme peut bien agir. C’est pour cela que, depuis Vatican II, toutes les encycliques ne s’adressent pas qu’aux catholiques mais “à tout homme de bonne volonté”. Si elle est vraiment de bonne volonté, même une personne d’une autre religion comme l’étaient les philosophes antiques, peut comprendre le contenu du texte.

Quant à condamner les gens, philosophes ou non, à l’Enfer, nous avons écrit une série d’articles sur ce point (« Y a-t-il quelqu’un en Enfer » et les précédents, https://www.reponses-catholiques.fr/qui-est-en-enfer-33/) : personne ne peut dire qui est en Enfer et c’est une erreur théologique que de s’aventurer à le faire, en s’arrogeant ce qui ne relève que de la justice de Dieu.

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