Les ordres religieux

communion des saints

Question: pourquoi y a-t-il autant d’ordres religieux différents?

Une plaisanterie de sacristie affirme que même le Pape ne connaît pas le nombre de congrégations féminines dans le monde. Au-delà de la boutade, il est certain que le nombre de congrégations (des « ordres », au réel sens canonique du terme, il n’y en a pas tant que ça) indique la diversité dans l’Eglise. Il y a beaucoup de congrégations religieuses parce que l’Eglise est un peuple d’êtres humains libres, pas une armée ou un parti politique avec ses sections. Chaque fondateur ou fondatrice d’ordre ou de congrégation a eu une intuition particulière et la communauté qu’il ou elle a fondée vit d’un charisme – un don de l’Esprit-Saint – qui lui est propre. Les familles religieuses apparaissent aussi au fur et à mesure des défis et des besoins de leur temps. Faisons une petite rétrospective avec quelques exemples :

  • Antiquité : les communautés se constituent surtout autour des premiers évêques, prêtres et diacres dans de petites communautés surtout urbaines. Des femmes, les vierges consacrées, s’engagent dans le célibat au service de l’évêque.
  • Invasions barbares et début du Moyen Age: dans le désordre ambiant, le monachisme s’organise dans les campagnes, en particulier avec l’ordre de Saint Benoît. La vie devient trop risquée pour une femme seule. Les femmes désirant se consacrer doivent se regrouper dans des couvents et vivre en clôture. Les Bénédictins structurent un premier décollage économique et culturel de l’Europe occidentale : les fameux essartages autour des abbayes, construction de moulins et tisseries, sécurité des villageois qui se regroupent autour de l’abbaye, transmission culturelle avec les moines copistes, évangélisation jusque dans les campagnes.
  • XIIIe siècle, premier capitalisme, échanges commerciaux « internationaux » avec les foires et les croisades, affranchissement des villes au fur et à mesure qu’elles s’enrichissent, apparition de nouvelles hérésies depuis l’Antiquité. Les ordres mendiants franciscain et dominicain se créent en contestation de cette société, mais aussi en accompagnant ses bouleversements.
  • XVIe siècle, développement de l’humanisme et de l’autonomie du sujet. Carmélites et jésuites innovent en mettant davantage l’accent sur l’oraison mentale, l’expérience mystique personnelle, le discernement individuel.
  • XIXe siècle : les grandes congrégations apostoliques se créent pour l’évangélisation, l’éducation et le soin des plus pauvres dans nos faubourgs et des peuples colonisés.
  • Années 1970 : le Renouveau charismatique catholique surgit dans une période de bouleversements post-conciliaires, de déchristianisation forte de la société, de marxisme triomphant. Son accent mis sur la guérison intérieure, l’expérience directe et consolatrice de la grâce divine résonne avec une culture du développement personnel et de la psychanalyse triomphante, tout en contestant leur absence de transcendance et d’ouverture vers les plus fragiles. Parallèlement, l’émancipation générale de la femme a conduit à la réapparition de l’ordre des vierges consacrées, qui vivent indépendantes, alors qu’il avait quasiment disparu depuis 15 siècles.

On peut donc voir dans ce foisonnement, ce buissonnement de la vie consacrée, l’œuvre d’un Dieu qui agit dans l’Histoire, sans bruit spectaculaire mais avec la coopération de l’homme et des fruits à long terme.

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