Les nations sont-elles sauvées?

J’ai un peu de mal à vous suivre dans votre démonstration du 12 mai (prg.2) sur le salut des non-baptisés. En Matthieu 25-31, Jésus est très clair : tout homme qui fait preuve d’une vraie charité envers son prochain est “béni du Père” et “reçoit le Royaume en partage” même s’il n’a pas (re) connu Jésus au cours de sa vie. On comprend que cet accès direct au Royaume sans passer par la case “Eglise” (mais qu’est-ce que l’Eglise?) puisse l’embarrasser, mais l’affirmation du Christ est très nette.

Cette interprétation se tient et nous ne la contredisons pas. Mais il faut être prudent. Les personnes concernées viennent des « Nations », donc elles ne sont pas uniquement juives. Mais sont-elles chrétiennes ? Les auteurs du passage anticipent-ils sur l’évangélisation à la suite du Christ ? En outre, il faut aussi tenir compte d’autres versets qui ne sont pas dans cette ligne, par exemple en Mc 16, 16 : « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » L’interprétation est donc délicate et doit se faire globalement.

Que veut dire « Celui qui ne croira pas » ? Quiconque n’est pas baptisé ? Celui à qui on a annoncé le Christ mais qui l’a refusé ? Uniquement le chrétien qui a apostasié ? La théologie actuelle va plutôt dans ce sens. Nous nous sommes donc bornés à ce qui relève de la promesse, en le distinguant de ce qui relève d’une espérance moins explicite.

De toute façon, nous avons rappelé que les Justes ont toujours été reconnus comme tels, même dans l’Ancien Testament. Il nous semble que cela correspond bien à la description de Mt 25.

Quant à savoir ce qu’est l’Eglise, elle est l’assemblée des fidèles du Christ, sous la houlette de ses pasteurs successeurs des Apôtres. C’est elle qui annonce la Bonne Nouvelle du Salut, et ce Salut, c’est le Christ lui-même. Le Christ est le seul Sauveur. Ce qui n’empêche pas que l’Eglise a toujours admis qu’il y avait une éthique universelle partagée par tout homme, et que tout homme peut croire en Dieu par la simple Raison. Mais c’est au Peuple juif que Dieu s’est pleinement révélé, jusqu’à vivre avec. Le Concile de Vatican II l’a reformulé en enseignant que des germes de la Vérité peuvent se trouver dans chaque religion et que l’Esprit peut agir en tout homme, croyant ou non. Mais c’est l’Eglise qui a reçu la Révélation entière, dans l’Ancien, puis le Nouveau Testament, et c’est elle qui est chargée de la faire connaître à tous. Sans elle, il n’y a pas de Salut car les gens ne seraient même pas au courant qu’il y a un Salut. Ce qui ne veut pas dire que les non-chrétiens ne peuvent pas être sauvés.

Comme souvent en théologie catholique, l’Eglise tient cette tension.