Les grandes ô

Les trois premières antiennes dans l’antiphonaire de Poissy

Les grandes ô désignent (par un de ces jeux de mots dont les potaches ecclésiastiques ont le secret) les antiennes chantées aux vêpres dans la semaine qui précède Noël. Ces antiennes commencent toutes par ô (d’où leur nom).

Les voici toutes les sept, du 17 décembre au 24, avec ma traduction (pas tout à fait littérale, mais, je l’espère, en français correct!):

Ô Sapientia , quæ ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia: veni ad docendum nos viam prudentiæ.

(Ô Sagesse, qui sortis de la bouche du Très-Haut, atteignant d’une extrémité de la terre à l’autre, et disponsant toutes choses avec force et douceur: viens nous enseigner le chemin de la prudence.)

Ô Adonaï, et Dux domus Israel, qui Moysi in igne flammæ rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento.

(Ô Adonaï, et chef de la maison d’Israël, qui apparus à Moïse dans le feu du buisson, et lui donna la loi au Sinaï: viens nous racheter par ton bras puissant.)

Ô Radix Iesse , qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, iam noli tardare.

(Ô Racine de Jessé, qui demeures un signe pour les peuples, devant lequel les rois tiendront leur bouche close, et que prieront les nations: viens nous libérer, ne tarde pas.)

Ô Clavis David , et sceptrum domus Israel ; qui aperis, et nemo claudit ; claudis, et nemo aperit : veni, et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.

(Ô Clé de David, et sceptre de la maison d’Israël, qui ouvres et personne ne ferme, fermes et personne n’ouvre: viens et sors de sa prison le prisonnier, assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort.)

Ô Oriens , splendor lucis æternæ, et sol iustitiæ : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.

(Ô Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice: viens et illumine ceux qui siègent dans les ténèbres et l’ombre de la mort.)

Ô Rex gentium , et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem, quem de limo formasti.

(Ô Roi des nations, et objet de leur désir, pierre angulaire, qui unis ce qui était séparé*: viens et sauve l’homme que tu as formé du limon.)

Ô Emmanuel , Rex et legifer noster, exspectatio gentium, et Salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster.

(Ô Emmanuel, notre roi et notre législateur, espérance des nations et leur Sauveur: viens nous sauver, Seigneur notre Dieu.)

J’espère que, comme moi, vous appréciez cette sublime poésie dont les réminiscences bibliques sont nombreuses et qui est une véritable préparation à l’attente de l’Incarnation du Sauveur.

NB: littéralement, qui fais un de deux. Ce qui peut s’entendre au moins de deux façons: qui unis dans une seule Personne les deux natures divine et humaine, ou qui unis les deux peuples jadis divisés qu’étaient les Juifs et les païens.

Les grandes ô
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