Les Gilets jaunes, les évêques et les donatistes

Je suis catholique pratiquant et sympathisant des Gilets jaunes. Je lis sur des blogs catholiques des propos très durs contre l’Eglise, de Gilets jaunes, qui se disent pourtant catholiques, mais reprennent des attaques anticléricales de penseurs d’extrême gauche. Ils accusent surtout les évêques d’être vendus à Macron, de dévoyer le Magistère de l’Eglise et de propager la même pensée unique. Je ne sais qu’en penser. Que répondriez-vous ?

Notre site ne fait pas de politique et il ne nous appartient pas de répondre quoi que ce soit sur les Gilets jaunes, leurs revendications, le bien fondé pour des catholiques de relayer les thèses de la gauche radicale ou si les évêques ont les mêmes opinions que le Président Macron. Nous n’avons aucune légitimité pour cela.

En revanche, il nous appartient d’apporter un éclairage théologique, et qui dit théologie dit patristique, c’est-à-dire faire appel à la pensée des Pères de l’Eglise. De ce point de vue, il est intéressant de revenir sur la polémique entre St Augustin et les donatistes.

Rappelons la situation : Alors qu’Augustin est évêque d’Hippone, à la fin du IVe siècle et au début du Ve, une crise socio-économique profonde conduit au soulèvement des circoncellion, des ruraux du pays périphériques déclassés. Ils se révoltent contre les élites urbanisées et mondialisées (à l’époque, le monde, c’est l’Empire romain).

A ce mouvement social de grande ampleur s’ajoute une crise de l’Eglise. Une faction de l’Eglise, les donatistes, s’insurgent contre les évêques catholiques. Ils leur reprochent d’être vendus au pouvoir impérial et de relayer sa pensée, ainsi que d’être infidèles au Magistère de l’Eglise. Très spécifiquement, ils récusent l’autorité des évêques catholiques en affirmant qu’ils ont  accepté d’accueillir des fidèles qui avaient renoncé à professer publiquement leur foi catholique et qui avaient accepté de sacrifier à l’idéologie impériale, par peur d’être mis en difficulté, voire persécutés. En effet, les évêques les avaient réintégrés après un temps de pénitence, une fois qu’ils avaient demandé à revenir à la foi catholique. Quant à la révolte des circoncellion, les évêques catholiques appelaient bien sûr au calme et tentaient de maintenir la concorde civile parmi tous, catholiques ou non, élites urbaines ou ruraux paupérisés.

Les donatistes affirmaient être la seule église, non compromise avec le pouvoir central romain, et être les garants de la vraie religion. L’évêque Augustin a réagi vigoureusement lors de polémiques célèbres, en démontrant point par point l’inanité de la pensée donatiste, imprégnée d’hérésies extrémistes, violentes et excluantes, déchirant la communauté chrétienne, pourtant encore faible face aux non-catholiques, aux manichéens (une sorte de franc-maçonnerie empruntant des éléments d’une religiosité syncrétique au christianisme mais aussi à des religions perses), ou toutes sortes d’hérésies.

Si la vision de cet évêque ne s’était pas finalement imposée, l’Eglise catholique aurait sans doute disparu en multiples sectes et sa doctrine n’aurait pas survécu en Occident. Quant aux descendants des donatistes si sourcilleux sur la pureté de leur église, ils n’ont pas été en reste pour se convertir à l’Islam moins de deux siècles plus tard, par haine du catholicisme.

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