Les femmes, l’Eglise et les pantalons

Je voudrais tout d’abord saluer votre initiative, vos travaux de recherches et d’argumentation, car cela nourrit un peu plus notre jugement. Permettez-moi de faire appel à vos lumières. On dit que la prudence doit être la mesure de nos jugements. Toutefois je m’aperçois que, parmi même les catholiques les plus ardents, susceptibles donc de me servir d’exemple, leur prudence accepte ce que la prudence de nos ancêtres aurait honni en de semblables circonstances. A titre d’exemple, le port ordinaire du pantalon féminin, objet et symbole de la conquête féministe la plus vigoureuse et anti chrétienne, combattu par nos ancêtres jusque dans la loi positive, est désormais parfaitement accepté. Aussi, lorsque l’on constate une coutume ou un agir originellement mauvais, mais adopté et assimilé par le temps, lui doit-on, selon vous, une tolérance de fait ou une reconnaissance de droit ? Par ailleurs, est-il souhaitable d’imiter les anciens, dont l’environnement était catholique, plutôt que d’imiter mes pairs, dont l’environnement est sécularisé et donc, moins rigoureux ? Je vous prie de pardonner la longueur de ma question.

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question et à l’exemple qu’elle prend. On aurait pu prendre un angle philosophique et historique pour réfléchir sur le féminisme, ses avancées et ses dérives, ainsi que l’apport fondamental de l’Eglise pour promouvoir la dignité de la femme. Prenons un exemple : le droit de vote des femmes, revendication féministe par excellence. Avant même la Première guerre mondiale, le Pape Benoît XV avait fait des déclarations pour qu’il leur soit accordé, prenant de front la « loi positive » civile des pays de l’époque. Rappelons au passage que la France a été le seul pays occidental à ne pas accorder aux femmes le droit de vote après 1918, alors que même la Turquie l’avait fait. Cela parce que les députés de la très laïque IIIe République ne voulaient pas que les femmes « votent comme les curés ». C’est donc l’Eglise qui était féministe et les anticléricaux qui ne l’étaient pas.

Mais bornons-nous à l’aspect théologique. S’agissant du pantalon pour les femmes, nous ne connaissons aucun texte de l’Ecriture l’interdisant. A notre connaissance, aucun Père de l’Eglise n’a écrit là-dessus non plus. La Lettre à Diognète, datant de la fin du Ier siècle, insiste au contraire sur le fait que les chrétiens s’habillent comme tout le monde. Auquel cas, si les femmes d’une société donnée portent le pantalon, les chrétiennes peuvent le faire aussi. L’auteur de la question peut-il nous indiquer une encyclique papale, une exhortation apostolique, un écrit d’un théologie faisant autorité sur le port du pantalon ?

Pour ce qui est de la Bible et de la patristique, on pourra nous rétorquer que les gens de l’époque, hommes et femmes, portaient des tuniques ou des toges. Du coup, nous nous demandons quels sont les « ancêtres » qui ont « combattu » le pantalon pour les femmes selon l’auteur de la question ? Les hommes de Cro-Magnon, les Gallo-Romains, les bourgeois du XIXe siècle qui leur refusaient le droit de vote ? Et, si nos ancêtres spirituels hébraïques ou géographiques gallo-romains portaient des tuniques, qu’ils soient hommes ou femmes, n’est-ce pas hautement condamnable que les hommes de nos jours portent des pantalons et non des robes ?

L’auteur de la question parle de la prudence comme mesure de nos jugements. St Ignace de Loyola, à la suite de la tradition des Pères du Désert nous rappelle que c’est plutôt le discernement. En ce jour de Vendredi Saint, nous suggérons  à l’auteur de la question de se mettre au pied de la Croix et de supplier le Christ, mort pour notre Salut (et à qui on a retiré sa tunique), de lui accorder la grâce du discernement.

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