Les Evangiles apocryphes

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Le patriarche Henoch, à qui on attribue des livres apocryphes

Question: Pourquoi les Evangiles apocryphes ne sont-ils pas repris dans le Nouveau Testament?

« Apocryphe » en grec, signifie « caché ». L’Eglise a constitué au fil du temps son canon (« canon » signifie « règle » en grec), c’est-à-dire la liste des livres inclus dans la Bible. Cependant, contrairement à une idée très répandue, l’essentiel du canon était déjà stabilisé au IIe siècle ap. J.-C. L’intégration de tel ou tel écrit dans le corpus des Ecritures saintes s’est fait selon un certain nombre de critères :

  • L’ancienneté des ouvrages. TOUS les livres du Nouveau Testament (NT) étaient rédigés à la fin du Ier siècle. Certains exégètes prétendent que certains sont plus tardifs mais ils ne sont pas suivis par la majorité de leurs confrères. A l’inverse, tous les Evangiles apocryphes sont plus tardifs, datant au moins du IIe, voire IIIe ou IVe siècles.
  • Le rattachement de chaque livre canonique à la tradition apostolique. Certes, bien des exégètes contesteront que l’Evangile de st Jean a réellement été écrit par Jean, telle lettre de st Paul ou de st Pierre par ces derniers, etc. Le rattachement de chaque texte à un apôtre ou un collaborateur direct est cependant possible et plausible, contrairement aux apocryphes, ne serait-ce que du fait de leur date trop récente. Tous les livres du Nouveau Testament peuvent être attribués à un apôtre, Paul inclus, ou à Luc, collaborateur direct de Paul, et Marc, collaborateur de Paul puis secrétaire de Pierre. L’Evangile selon st Marc reflèterait dans ce cas la version de st Pierre.
  • Le contenu théologique: la plupart des apocryphes véhiculent une pensée gnostique vigoureusement combattue par l’Eglise dès les Ier et IIe siècles, par exemple par st Irénée.
  • L’emphase sur le merveilleux et des miracles « tape à l’œil » des apocryphes. Ainsi, le Protévangile de Jacques, assez ancien, a alimenté de nombreuses traditions de l’Eglise ne posant pas de problèmes théologiques, en particulier celles concernant ste Anne. Mais les miracles qui y sont relatés n’ont pas la portée théologique et la discrétion de ceux retenus dans les Evangiles canoniques, qui ne sont cités que parce qu’ils font « signe » (comme ils sont qualifiés l’Evangile selon st Jean) de la Bonne Nouvelle.

Ajoutons deux remarques : premièrement, les Juifs ont dû faire le même travail pour leurs propres écrits normatifs. Les catholiques se basent sur la version de l’Ancien Testament en grec de la Septante, alors que les Protestants s’appuient la version retenue par les juifs actuels, composée de livres en hébreu ou araméen. L’argument linguistique n’est pas forcément convaincant car le Livre de Daniel, retenu, nous est parvenu en partie en grec. En revanche, les textes rejetés (appelés « deutérocanoniques, c’est-à-dire « du deuxième canon ») l’ont peut-être été parce que trop en phase avec le message du christianisme : Deuxième Livre des Maccabées, Lamentations de Jérémie, Sagesse, etc. Or, les citations des Evangiles viennent souvent de la Septante. En rejeter des livres entiers est donc problématique.

En outre, les orthodoxes ont intégré dans leur canon le Premier livre d’Hénoch et d’autres écrits non retenus par les Juifs, les catholiques et les Protestants. Et des Protestants appellent « apocryphes » les livres deutérocanoniques du canon catholique. Ce sujet est donc technique et complexe !

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