L’Enfer existe-t-il? (2/3)

Le Pape Benoît XVI imposant les cendres

L’enfer où souffriront éternellement les damnés existe-t-il? CF. Michel Fromaget 2017 De l’enfer introuvable à l’immortalité retrouvée. L’Harmattan, Paris. Etude philosophique et exégétique pour démontrer que ce dogme du catéchisme est une création de l’Eglise, absent du christianisme originel (2/3).

Poursuivons notre propos sur deux autres points. Comme montré à notre article précédent, l’Enfer est bien attesté dans l’Ecriture, sur le principe sinon sur le terme. Ainsi que nous l’avons expliqué, pour les Anciens, « les enfers » étaient un séjour des morts neutres. Le lieu du châtiment éternel a pris ce sens, « enfer » au singulier, plus tard.

2° L’Enfer existe-t-il ?

La Bible ne nous dit en revanche pas grand-chose sur cet Enfer. Les citations mentionnées à l’article précédent parlent de « feu », « fournaises », « étang de feu », « tortures », « pleurs », « Jugement », « abîme ». Il n’y a pas grand-chose d’autre. La thématique du feu revient cependant souvent. Mais l’essentiel est bien le Jugement et la rupture totale avec Dieu et les Elus qui bénéficient de la Résurrection.

Face à ce manque d’éléments, on a beaucoup brodé, en s’appuyant éventuellement sur les visions de certains saints. L’Eglise, cependant, invite toujours à la sobriété et à ne pas faire de plans sur la comète sur les représentations qu’on peut en avoir, tout comme d’ailleurs pour le Paradis et le Purgatoire. C’était vrai au Concile de Trente au XVIe siècle, cela a été répété à celui de Vatican II dans les années soixante.

Certains mystiques, en effet, ont eu des visions de l’Enfer : le St Curé d’Ars, les voyants de Fatima, ou encore Thérèse d’Avila, par exemple. La description que cette dernière en fait dans la Vie est suggestive : pour elle, il s’agit d’une sorte de niche dans un lieu froid et obscur où elle doit se tenir sans pouvoir s’assoir ou se tenir debout, en proie à des souffrances physiques et psychologiques terrifiantes, les pieds dans une fange pleine de bêtes grouillantes. C’est donc le froid qui y domine, le « feu » qu’elle décrit étant purement intérieur.

Cela semble indiquer que les représentations de l’Enfer sont subjectives et induites par les présupposés culturels et les peurs profondes du voyant. Cela a amené les théologiens contemporains à parler de l’Enfer comme d’un état plutôt que d’un lieu. L’encyclique de Benoît XVI sur les fins dernières, Spe salvi, adopte ce point de vue, pour le Purgatoire et le Paradis également, d’ailleurs.

Donc, selon cette interprétation du Magistère, on est en Enfer au sens d’un état coupé de toute espérance, qui est une vertu théologale, c’est-à-dire venant de Dieu. Les souffrances qui en découlent viennent de cette coupure d’avec Dieu, et de l’absence totale de possibilité d’aller vers Lui.

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