L’Eglise, la science et la contraception

Galilée devant ses juges

Galilée devant ses juges

Question: L’Eglise n’y connaît pas grand-chose en matière scientifique, comme le prouve l’affaire Galilée. Dans ces conditions, comment peut-elle se croire compétente en matière de fécondation humaine et de contraception?

L’avantage de cette question c’est qu’elle permet de souligner que, si l’Eglise « n’y connait pas grand-chose en matière scientifique » (ce qui, on va le voir, mérite d’être considérablement nuancé), les évêques et théologiens qui définissent sa doctrine morale s’y connaissent beaucoup plus en histoire que certains de leurs contradicteurs.

Car, pour commencer, revenons un peu sur l’affaire Galilée. Rappelons que Galilée avait reçu un soutien sans faille des jésuites pour ses travaux et que le Pape Urbain VIII les avait encouragés avec bienveillance. Ce à quoi Galilée a répondu en dénigrant les jésuites qui travaillaient avec lui, probablement pour s’attirer toute la gloire de ses travaux, et allant jusqu’à se moquer de façon très virulente du Pape lui-même. Les jésuites n’ayant pas toujours que des amis, le procès de Galilée est ensuite devenu l’enjeu de règlements de compte entre eux et leurs adversaires, qui ont pris la défense de Galilée pour des raisons tactiques. Rappelons ensuite que Galilée n’a pas été condamné pour ses thèses scientifiques, mais parce qu’il les affirmait sans preuve. Ce qui était parfaitement exact. Ses théories sur la rotation de la terre ont bien été confirmées par l’observation astronomique après coup, mais ce n’était pas le cas quand il les a publiées. Quant à ses théories sur les marées, elles se sont révélées complètement fausses, ce qui incitait à être prudent par rapport à ses affirmations.

Pour en venir aux questions de bioéthique, ce n’est pas d’un point de vue scientifique, mais éthique et théologique que l’Eglise énonce son enseignement. L’Ecriture nous révèle que l’homme est créé à l’image de Dieu (Gn 1, 26) et que Dieu l’aime infiniment dès sa conception : « C’est toi qui m’as tissé au ventre de ma mère… Mon embryon, tes yeux le voyaient ; sur ton livre, ils sont tous inscrits, les jours qui ont été fixés, et chacun d’eux y figure. » (Ps 139, 13 ; 16) Ce qui dit l’Eglise à partir de la Bible, c’est que la dignité de l’être humain est absolue et que faire violence à la dignité de l’homme, dès sa conception, c’est attenter à la dignité de Dieu. L’histoire n’a malheureusement que trop illustré comment l’homme sans Dieu a pu nier la dignité et le droit de vivre de ses semblables, que ce soit pendant la Shoah, au Goulag, dans les camps khmers rouges ou dans les avortements de petites filles en Chine.

Cela implique de refuser toute atteinte à la dignité de l’embryon humain, ce qui est le cas de toutes les techniques de fécondation artificielle qui nécessitent la création d’embryons surnuméraires et des manipulations d’embryon, de fœtus ainsi que leur éventuelle destruction pour cause de handicap ou « d’absence de projet parental » à leur égard. Un être humain a le droit de vivre, point. Ce n’est pas le bon plaisir d’un autre, fût-il son parent, qui lui donne droit à la vie.

Quant à la contraception, il semble bien que des scientifiques confirment ses méfaits : violence faites aux femmes devenues objets sexuels, à leur corps comme l’a montré le scandale de la pilule de 3e génération. Mais aussi violences écologiques, les catastrophes dues aux rejets d’oestrogènes des pilules dans l’écosystème étant de plus en plus dénoncées par des écologistes. Et insistons aussi sur la corrélation claire entre contraception et avortement : contrairement à ce qu’on essaie de nous faire croire depuis des décennies, il est largement démontré que plus un pays a un fort taux de contraception, plus son taux d’avortements est élevé. Sans parler, bien sûr, des soi-disant moyens contraceptifs qui sont en fait, au moins potentiellement, abortifs : pilule du lendemain, du surlendemain, stérilet…

Mais revenons un instant sur la soi-disant incompétence de l’Eglise en matière scientifique en citant tout ce que la science doit à des hommes d’Eglise tels que les moines copistes du Moyen-Age ; à l’astronome quasi-contemporain de Galilée Copernic, chanoine ; au jésuite Matteo Ricci, qui a initié les Chinois aux sciences modernes ; au paléontologue Teilhard de Chardin, lui aussi jésuite ; à l’inventeur de la théorie du Big Bang Lemaître, autre chanoine ; à Edith Stein, première femme allemande docteur en philosophie et carmélite… Non pas d’ailleurs, que les personnes consacrées soient les seules à être catholiques et de grands scientifiques : la foi profonde et la contribution aux sciences de Pascal, de Pasteur, de Jérôme Lejeune ou d’autres n’est plus à démontrer. Comme le disait le scientifique médecin et prêtre Rabelais, « science sans conscience » n’est vraiment « que ruine de l’âme ».

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