L’Eglise et la guerre

Benoit XV

Question: La religion catholique est une religion fondée sur l’Amour. Un des dix commandements énonce: “Tu ne tueras point”. La question que je me pose est : Pourquoi l’Eglise ne combat pas plus activement contre la guerre? En effet, la guerre est une occasion où de nombreuses personnes, le plus souvent innocentes, sont tuées. D’ailleurs, même les personnes les plus coupables ne sont-elles pas des créatures de Dieu?

Je répondrai à rebours à cette question qui en comporte deux : même les personnes les plus coupables ne sont-elles pas des créatures de Dieu ? Certes, et je ne vois pas qui, dans l’Eglise, dit le contraire. L’enseignement constant de l’Eglise est bien que le pire pécheur reste un homme susceptible de se repentir et recevoir la miséricorde de Dieu. Personne ne peut spéculer sur son salut avant sa mort et la plus grande prudence est requise même après sa mort : on ne sait pas ce qui s’est passé dans son for interne jusqu’au dernier instant. Cela ne l’exonère pas de la justice humaine si nécessaire, mais c’est une autre question.

Quant à dire que l’Eglise ne combat pas activement la guerre, c’est difficilement soutenable. Les chrétiens ont toujours été pacifiques et, même au plus fort des persécutions dans l’Antiquité, ils ont refusé la lutte armée. Comme ils ont refusé la violence en Europe de l’Est communiste, par exemple avec Solidarnosc, ou actuellement au Proche-Orient. En outre, l’Eglise a toujours réfuté les théologies qui justifiaient la lutte armée, comme une Théologie excessive de la libération a pu le faire.

S’agissant de la guerre, dès le Moyen Age, l’Eglise a milité pour les trêves de Dieu et tenté de limiter la prolifération d’armes de destruction comme l’arbalète. Cette longue tradition d’action pour la paix s’est toujours poursuivie, par exemple avec l’appel du Pape Benoit XV contre la Première guerre mondiale, celle de St Jean-Paul II contre la Deuxième guerre du Golfe ou plus récemment, la journée de jeûne et de prière pour éviter une intervention armée occidentale, qui aurait été catastrophique pour les minorités et les musulmans dits modérés, en Syrie le 7 septembre 2014.

Le rôle de médiateur de l’Eglise dans des crises internationales ou civiles est universellement reconnu, comme l’intervention du Pape pour dénouer la crise des missiles entre Cuba et les Etats-Unis en 1961 (l’intervention du Pape pour la paix a fait la une de la Pravda, ce qui n’est tout de même pas arrivé souvent !), l’action de Sant’Egidio pour la fin de la guerre civile au Mozambique, les négociations parrainées par l’Eglise pour l’arrêt de la lutte armée et le désarmement des milices communistes en Colombie, ou encore la récente détente entre les Etats-Unis et Cuba l’année dernière.

L’Eglise reconnait cependant la guerre juste, dont les conditions ont été définies par saint Thomas d’Aquin, lorsqu’aucune solution pacifique n’est possible, au titre de la légitime défense.

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