L’Eglise est-elle intolérante?

Jésus enseignant saint Pierre: c'est parce que l'Eglise a reçu du Christ le dépôt de la vraie foi qu'elle est considérée, aujourd'hui, comme "intolérante"…

Question: par sa prétention à détenir l’unique vérité, par sa prétention à régir nos vie par sa morale, je considère que l’Eglise catholique est intolérante. Que répondez-vous à cela?

 

Tout d’abord, je crois que le terme “intolérante” est assez équivoque. En rigueur de termes, on tolère un mal. Et donc, en termes de vérité religieuse, la tolérance est précisément l’attitude de ceux que nos contemporains dénoncent comme intolérants, c’est-à-dire l’attitude de ceux qui considèrent que l’erreur en matière religieuse est un mal – qu’on peut tolérer pour éviter un plus grand mal, comme la guerre civile. Mais n’ergotons pas: je comprends que mon correspondant estime que l’Eglise “impose sa vérité”, comme on dit aujourd’hui.

A cela, je voudrais répondre de deux façons.

En premier lieu, l’Eglise affirme avoir reçu du vrai Dieu la Révélation. Ce dépôt qui la dépasse lui impose une forme de pensée qui est effectivement très largement étrangère à nos contemporains: elle affirme que sa doctrine est vraie. Et, comme elle n’a pas renoncé au principe de non-contradiction, cela signifie qu’elle affirme simultanément que certaines doctrines sont fausses. Par exemple, elle affirme que Jésus de Nazareth est vrai Dieu et vrai homme. Cela implique qu’une doctrine qui ferait de Lui un simple prophète est, du point de vue de l’Eglise, une doctrine fausse. En ce sens, l’Eglise est effectivement “intolérante”, mais c’est simplement parce qu’elle estime, comme tous les philosophes jusqu’au XXe siècle, que l’homme est fait pour connaître la vérité. Et la vérité est forcément aussi unique que les erreurs sont multiples.

En deuxième lieu, l’Eglise n’impose rien du tout: ce sont les baptisés qui choisissent librement d’agir selon sa doctrine. Si vous êtes baptisé et que vous voulez agir de manière conforme à votre foi, vous ne pouvez pas commettre d’avortement ou être polygame, par exemple (je prends volontairement ces exemples, car, souvent, les accusations d’intolérance à l’encontre de l’Eglise s’opposent à la morale sexuelle). En ce sens, l’Eglise “impose” effectivement une morale, mais uniquement à ceux qui ont choisi de lui obéir. Il y a une cohérence de la vie chrétienne: croyant telle et telle chose de Dieu et de l’homme, nous devons agir de telle manière et rejeter telle autre manière de faire. Mais, si l’on veut faire autrement, rien de plus simple: il suffit de ne pas demander le baptême! Je suis toujours surpris d’entendre des athées critiquer l’Eglise parce qu’elle refuse la contraception artificielle ou parce qu’elle demande à ses prêtres de renoncer au mariage. Mais, enfin, en quoi ces athées sont-ils offensés par cette morale?

Bref, je crois que le reproche “d’intolérance” est un reproche tout simplement absurde, qui s’évanouit à mesure qu’on le scrute de plus près. Il ne repose, à mon avis, que sur des vieilles images de l’Eglise médiévale – images, d’ailleurs, souvent fausses et mal comprises, mais nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir un jour prochain -, mais, en aucun cas sur la réalité de l’Eglise contemporaine.

L’Eglise est-elle intolérante?
2.5 (50%) 2 votes