Le Renouveau charismatique est-il diabolique?

Je reviens sur votre réponse donnée sur https://www.reponses-catholiques.fr/parler-en-langue-est-il-une-superiorite/ Voilà pour moi une réponse qui n’en est pas une, mais qui en revanche pose bien plus de questions qu’elle n’en résout. Avant les années 60, pas un seul théologien catholique, n’a soutenu, que je sache, que les parlers en langues, que les guérisons, imaginaires ou réelles, opérées par les pasteurs pentecôtistes étaient le fruit de l’Esprit-Saint. Plus qu’un ‘risque de tristesse et de frustration pour celui qui en est exclu’, il y a pour moi un risque de tromperie diabolique pour celui qui pense avoir reçu un signe de l’Esprit Saint du fait d’avoir parlé en langues. Qui peut être à même de décider par lui-même avoir reçu un signe de l’Esprit Saint ?  Dans la tradition catholique, le parler en langue étrangère est attribué à saint Vincent Ferrier et à saint François-Xavier, mais sans fondement critique solide. En revanche, cette xénoglossie préternaturelle est bien connue de tous les exorcistes. J’ai compris aussi que le Rituel d’Exorcisme avant d’être remis à jour en 1992 signale le parler en langue étrangère comme le premier des signes extérieurs de la possession diabolique.  La question du titre devrait être bien plutôt “Parler en langue est-il un signe de l’Esprit Saint en moi ?”. Je me permets aussi de vous renvoyer quant à cette question au document de ND de Chrétienté https://www.nd-chretiente.com/dossiers/pdf/articles/1998_le%20renouveau%20charismatique.pdf. Au cas où – je pense que vous devez recevoir pas mal de questions – vous ne publiez pas ma réflexion, je vous saurais gré de me faire savoir par e-mail si vous l’avez reçue et lue.

Nous sommes navrés que notre réponse « n’en soit pas une » mais nous pouvons garantir à nos lecteurs que nous répondons à leurs questions… Pour autant que ce soient des questions, même intégrées dans un long commentaire.

Pour en venir au fond de cette question-ci, elle est problématique à bien des égards :

1° « Avant les années 60, pas un seul théologien catholique, n’a soutenu, que je sache, que les parlers en langues, que les guérisons, imaginaires ou réelles, opérées par les pasteurs pentecôtistes étaient le fruit de l’Esprit-Saint. »

C’est peut-être assez normal. Pourquoi des théologiens catholiques se seraient-ils exprimés sur la spiritualité pentecôtiste ? Et pourquoi l’auraient-ils fait avant 1967, date de l’effusion de l’Esprit Saint reçue par les étudiants catholiques de l’université de Duquesne, dont le jubilé a été fêté à Rome par un grand rassemblement du Renouveau charismatique catholique (RCC), en présence du Pape François en 2017 ? Notons au passage qu’un rassemblement du même type a eu lieu en 2019 très récemment : https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2019-06/le-pape-demande-aux-charismatiques-d-etre-unis-en-l-esprit-saint.html

Donc, si aucun théologien catholique ne s’était exprimé sur le pentecôtisme avant les années 60 (nous mettons au conditionnel car cela reste à prouver), qu’en est-il après cette période ? Ils ont été très nombreux à le faire depuis 1967, comme l’article de ND de Chrétienté le rappelle lui-même.

2° « Plus qu’un ‘risque de tristesse et de frustration pour celui qui en est exclu’, il y a pour moi un risque de tromperie diabolique pour celui qui pense avoir reçu un signe de l’Esprit Saint du fait d’avoir parlé en langues. Qui peut être à même de décider par lui-même avoir reçu un signe de l’Esprit Saint ? »

C’est justement ce que nous écrivons dans https://www.reponses-catholiques.fr/parler-en-langue-est-il-une-superiorite/: cela ne se décide pas tout seul, mais en Eglise, avec un accompagnateur spirituel sérieux.

3° « Dans la tradition catholique, le parler en langue étrangère est attribué à saint Vincent Ferrier et à saint François-Xavier, mais sans fondement critique solide. »

Oui, enfin, la tradition catholique l’attribue surtout à St Paul (en fait la glossolalie, comme nous le verrons au point suivant), puisqu’il le dit lui-même dans la Première lettre aux Corinthiens. L’Ecriture l’attribue aussi clairement aux Apôtres en Actes 2.

4° « En revanche, cette xénoglossie préternaturelle est bien connue de tous les exorcistes. J’ai compris aussi que le Rituel d’Exorcisme avant d’être remis à jour en 1992 signale le parler en langue étrangère comme le premier des signes extérieurs de la possession diabolique. »

D’abord, le « parler en langue » s’appelle la « glossolalie » et ne se limite pas aux langues étrangères.  Ensuite, à moins que l’auteur de la question soit lui-même exorciste, ce qu’il ne précise pas, il n’a aucun mandat et aucune autorité dans l’Eglise pour manipuler des rituels d’exorcistes et donner des avis sur les possessions démoniaques éventuelles de personne parlant en langue (il reconnait lui-même que le rituel n’a plus ces réserves après 1992). Pour le coup, dans le RCC, personne ne s’arroge le droit de faire des exorcismes et un grand soin est donné pour éviter la confusion entre prières de guérison, ou même de délivrance, et les exorcismes. C’est pour cela que nous avons insisté sur le fait  que la prière des frères devait être supervisée par un prêtre et que personne, fut-il prêtre, ne devait s’octroyer les prérogatives de l’exorciste diocésain.

Si nos lecteurs fréquentent des groupes où cette confusion existe, qu’ils le fuient à toutes jambes.

5° « La question du titre devrait être bien plutôt ‘Parler en langue est-il un signe de l’Esprit Saint en moi ?’. »

Pourquoi pas mais ce n’était pas la question de celui qui l’a posée. Nous répondons aux questions de nos lecteurs. Pas forcément à celles que d’autres auraient voulu que le lecteur pose. A moins qu’ils ne la posent eux-mêmes.

6° Je me permets aussi de vous renvoyer quant à cette question au document de ND de Chrétienté https://www.nd-chretiente.com/dossiers/pdf/articles/1998_le%20renouveau%20charismatique.pdf.

 Ce document a plus de 20 ans. Il est donc très daté et charrie des préjugés contre le RCC qui, heureusement, n’ont plus autant court dans l’Eglise qu’à cette époque, ainsi que les rencontres à Rome que nous citons au début de notre article le montrent. Certes, il a pu y avoir bien des problèmes et des crises dans les communautés charismatiques. Mais la solidité doctrinale des principales, les vocations sacerdotales et consacrées qu’elles ont fait naitre et le dynamisme missionnaire de leurs laïcs ne sont plus à démontrer.

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