Le Pape, la pachamama, l’union civile et les migrants (1/2)

Que répondre à un “catholique” qui m’affirme avec des pseudos preuves, que le Pape François défend une union civile pour les homosexuels ? Qui fait entrer, avec quasi vénération, une idole païenne, la pachamama, au Vatican durant un synode ? Qui, par l’immigration massive qu’il prônerait charitablement, contribue à l’islamisation de l’Europe en appelant les chefs d’État à accueillir, toujours plus encore des étrangers dont la religion principale, dans la plupart des cas, est islamique ? Que répondre à cette personne qui, d’une audace incroyable, m’affirme que les Papes depuis Vatican II sont des quasis apostats, que la constitution Sacrosanctum Concilium, serait une hérésie absolue ? (1/2)

La question est passionnante mais elle brasse des thèmes très différents. Nous distinguerons ce qui concerne les options pastorales du Pape François, les objections étant assez concrètes, de celles sur les Papes et Vatican II, qui sont très vagues. Commençons par le premier volet.

  • Union civile homosexuelle

Il est triste que l’interlocuteur de l’auteur de la question, soi-disant « catholique », relaie les manipulations LGBT les plus grossières. Cette prétendue défense d’une union civile homosexuelle provient d’un film de propagande ouvertement LGBT qui traduit par « union civile » en anglais des propos lors d’une interview contre le « mariage » homosexuel. Lors de cet entretien en espagnol, le terme exact a été convivencia, ce qui se traduit par « cohabitation ». L’idée était que deux personnes cohabitant ensemble doivent avoir des sécurités mutuelles et pouvoir s’entraider. On est très loin d’une union civile et le St Siège a publié un communiqué de presse en ce sens. Ajoutons que cohabiter ne signifie pas forcément avoir des relations sexuelles, au contraire, cela suggère plutôt d’habiter sous le même toit sans être en couple. Des colocataires cohabitent. Quand un président de la République a fait une cohabitation avec son premier ministre, il ne vient à l’idée de personne qu’il s’agissait d’une relation homosexuelle formalisée !

  • Immigration musulmane

Il convient de se rappeler, pour comprendre la pensée du Pape François sur ce thème, qu’il est jésuite et que ses idées sont donc formatées par celles de la Compagnie de Jésus. Depuis trente ans, l’attention aux migrants est une des priorités stratégiques des jésuites et chacune de leurs congrégations générales depuis a confirmé ce choix. Leur raisonnement est que les migrations sont un phénomène structurant de nos sociétés, qu’elles ne vont faire que s’amplifier et que prétendre les limiter est un leurre. La meilleure chose à faire, selon les jésuites, est d’accompagner ce phénomène mondial pour qu’il se passe le moins mal possible.

En Europe, leur raisonnement est qu’il ne sert à rien de durcir les positions mais qu’il est plus efficace d’intégrer au mieux les nouveaux venus. On peut toujours dire que ce positionnement n’est pas bien discerné et que la Compagnie de Jésus fait une erreur. Il n’en reste pas moins qu’il est cohérent avec son charisme initial : dès ses débuts, elle a accompagné d’autres migrations, les grandes découvertes et les expansions espagnole et portugaise, avec pour corollaire l’évangélisation des peuples rencontrés, ce qui n’a pas toujours réussi mais passe de toute façon par un dialogue avec ces nouvelles cultures : Matteo Ricci n’a pas évangélisé grand monde en Chine mais il y est reconnu comme un grand scientifique et les universités jésuites en Chine et au Japon sont très réputées, si faible ait été la christianisation dans ces deux pays, surtout le Japon. Et leur parti pris est qu’on n’évangélise plus comme St François-Xavier, il faut le faire de façon plus discrète.

Peut-être que les jésuites n’évangéliseront pas beaucoup de migrants musulmans mais cela arrive – nous en connaissons – et ils pensent que cela se fera davantage qu’en les rejetant. Qu’ils aient raison ou non, certains pointent aussi la mentalité américaine du Pape François : l’Argentine, comme tout le reste du continent américain, est un pays de migrants. Certains estiment que le Pape François a, par conséquent, bien du mal à voir l’immigration en Europe comme négative. Mais, si cette analyse est vraie, ce serait alors un biais culturel chez lui, pas du tout une question de foi catholique.

  • “Quasi vénération, d’une idole païenne, la pachamama, au Vatican”

Là aussi, la mentalité jésuite accorde peu d’importance à la forme et aux signes extérieurs de la foi, toute tournée qu’elle est vers les mouvements intérieurs et le discernement des esprits que St Ignace explique dans ses Exercices spirituels. Ceux qui ont eu l’idée de la faire venir ne voyaient sans doute pas une idole dans cette fameuse statue, mais un objet purement culturel. Cela ne sort pas de nulle part : la réponse de St Paul sur le fait de manger des viandes sacrifiées aux idoles en 1 Corinthiens n’est pas claire. On comprend que cela ne le gênerait pas mais qu’il faut éviter de le faire si cela doit scandaliser d’autres fidèles.

Le Pape a peut-être manqué de prudence en ne voyant pas que cet objet était plus chargé symboliquement pour d’autres personnes que selon sa propre perception, lui qui est à l’aise avec toutes les cultures. Les Indiens emmenant la statue étant eux-mêmes catholiques, on pouvait voir dans cette sculpture une simple œuvre d’art.

On aura noté tout de même que le message a été reçu après coup : on n’a plus entendu parler de cette statue et le texte qui est sorti du Synode, Querida Amazonia, montre que le Pape a reçu cinq sur cinq les messages de prudence l’incitant à ne pas accepter toutes les propositions les plus ébouriffantes du Synode. Le texte est modéré. On peut aussi faire remarquer que des cardinaux ont appelé à jeûner et prier pour demander pardon au Seigneur pour ce qui n’est pas ajusté dans l’introduction de cette statue au Vatican. Personnellement, nous l’avons fait. Chaque lecteur peut prier en ce sens.

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Commentaires

  1. Vincent

    “L’idée était que deux personnes cohabitant ensemble doivent avoir des sécurités mutuelles et pouvoir s’entraider. On est très loin d’une union civile”
    Qu’est-ce donc alors qu’une union civile ?

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