Le mal: où, quoi, pourquoi, comment? (3/4)

D’où vient le mal? C’est quoi le mal? Pourquoi le mal est-il mal? Le ‘free will’ de l’homme existerait-il si le mal n’existait pas? En quoi consisterait-il alors? (3/4)

Il y a cinq questions dans cette question et ce sont les plus compliquées qui soient. Dans le fond, il n’y a pas de réponse directe mais, quand on y réfléchit, c’est normal. Nous reprenons pour l’essentiel ce que nous avons dit dans notre article « Dieu créateur du mal ? » : https://www.reponses-catholiques.fr/dieu-createur-du-mal/

1° Nous venons de voir aux volets 1 et 2 qui constituent les deux articles précédents que, dans la foi chrétienne, 1) Dieu n’est pas l’auteur du mal. Le chapitre 1 de la Genèse expose au contraire un Dieu qui crée un cosmos « bon », de la première créature (Gn 1, 4) à l’être humain, qui est même « très bon » (verset 31).

Au fur et à mesure de l’évolution de la théologie, dans la Bible puis dans la Tradition chrétienne, on présente davantage le mal comme un enchaînement du péché que Dieu laisse éventuellement commettre. La pointe est qu’Il permet à la vie de traverser tout mal et qu’Il prend la défense du faible, même si c’est après coup. Cela s’applique à lui-même puisque le Christ meurt du mal déchainé contre lui. Mais Il le traverse et la vie en triomphe après-coup. Il ne nous abandonne pas dans le mal, Il est à nos côtés parce qu’Il en a lui-même été victime et Il nous précède pour le traverser, puisqu’Il est ressuscité.

Cela ne nous dit pas qui a créé le mal. La Bible dit clairement, en Gn 3 mais aussi dans le Livre de la Sagesse, Job, le Siracide, ou l’Apocalypse, qu’il y a une intelligence du mal, révoltée contre Dieu par orgueil et jalousie de l’être humain, appelée parfois le Serpent, Satan (c’est-à-dire l’Adversaire), le Diable (le Diviseur, l’Accusateur), le Démon, le Dragon etc.

2° Il y a plusieurs façons de définir le mal. Sur le plan théologique, c’est donc la rupture avec Dieu, le refus de son Alliance, ce qui implique la mobilisation d’une volonté. Sur le plan philosophique, Einstein le définit comme l’absence de Dieu, comme le froid est l’absence de chaleur. C’est donc une définition « en creux » : le mal n’a pas d’existence ou de consistance par lui-même, il n’est que le manque d’être. L’avantage de cette approche, c’est qu’elle s’articule bien avec le fait que Dieu n’est pas créateur du mal. Dieu est l’Etre et crée de l’être, le mal, l’absence de Dieu, est du non-être.

Cela permet de comprendre pourquoi la Bible ne nous en dit pas beaucoup plus sur le mal et, comme nous l’avons dit en préambule, c’est normal. Le Christ est le Logos, la Parole de Dieu, mot qui signifie « Raison » en grec. Si le Verbe de Dieu est Raison, le mal, qui est la coupure absolue de Dieu, est absurde. On n’explique pas l’absurde, on le combat.

3° En revanche, Dieu a créé l’homme libre et ce dernier a rapidement utilisé cette liberté pour commettre le mal (Gn 3). Un homme qui n’aurait pas la liberté de faire le mal ne serait pas vraiment libre et la liberté implique donc cette possibilité du mal. Mais cela n’empêche pas que l’homme était libre avant le péché. Il aurait pu jouir pleinement de son libre-arbitre en ne faisant que le bien. Par exemple, en Gn 2, 9, Dieu a fait pousser l’arbre de vie au milieu du jardin. Adam et Eve y avaient accès et auraient pu manger de l’arbre de vie et ne pas mourir, au lieu de manger le fruit du seul arbre qui leur était interdit.

4° En quoi consisterait le libre arbitre de l’être humain qui ne commet pas le mal ? Il n’y a pas besoin de poser la question au conditionnel. Nous savons ce qu’il est concrètement : c’est le libre arbitre du Christ, suffisamment libre pour donner sa vie pour sauver toute l’humanité, même celle qui ne l’aime pas et lui fait du mal. Exercer son libre arbitre sans commettre le mal, c’est imiter le Christ. Et pour cela, nous avons un modèle : la Vierge Marie, simple femme, qui est préservée du péché. Elle exerce son libre arbitre pour accepter le projet fou de Dieu, impossible à vue humaine : être enceinte en étant vierge. Elle accepte aussi librement de le faire au péril de sa vie : une femme déjà fiancée enceinte d’un autre que du fiancé aurait du être lapidée. Elle croit envers et contre tout : à l’Annonciation, à la Visitation, à la Nativité, au Recouvrement au Temple, aux Noces de Cana, jusqu’à être une des rares personnes au pied de la Croix.

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