Le “Filioque” de nos jours

 

Je voudrais savoir quelle est la position de l’Eglise actuelle en ce qui concerne la question du Filioque: comment le Saint Esprit procède t-Il du Père et du Fils: de la même façon, en même temps? Au même titre? Est-ce qu’il ne vaut pas mieux dire que le Saint Esprit procède du Père, puis du Fils, le Père étant plus grand que le Fils? Les orthodoxes sont-ils d’accord?                                                                                                                                                                                        La position de l’Eglise actuelle sur le Filioque ne varie pas tellement depuis des siècles, voire millénaire. Ce n’est pas une question de position de l’Eglise, c’est une question de Révélation de la Trinité dans notre expérience chrétienne, et spécifiquement, la Révélation de la Personne divine qu’est le Saint Esprit.

Mais on peut dire que, très schématiquement, il y a deux façons de penser la Trinité, ce qui conduit à penser la spiration du Saint-Esprit, par les autres Personnes divines. Cette spiration active est aussi appelée procession (sachant que la procession est aussi passive, du point de vue du St Esprit, des deux autres Personnes). Cette spiration n’est pas tout à fait la même selon qu’elle émane du Père ou du Fils, puisque l’origine, le principe, est toujours le Père.

La façon qu’on retrouve un peu plus fréquemment chez les Pères de l’Eglise latins, part de l’idée philosophique de Dieu comme un Dieu unique, puis essaie de penser la Trinité « à l’intérieur », si l’on peut dire, de ce Dieu unique : De Deo uno, puis De Deo trino. On retrouve cette approche chez St Augustin ou St Thomas d’Aquin.

Il en résulte une approche « en triangle » des relations dans la Trinité, d’où la formulation de l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils, le fameux Filioque (« Et du Fils »).

La manière grecque, qu’on retrouve par exemple chez Saint Athanase, part de la Bible. Elle observe les manifestations, au moins implicites, de la Trinité et de l’Esprit dans le texte. Jésus y est envoyé par le Père et Il nous dit et montre l’Esprit à l’œuvre. Que cet Esprit soit commun au Père et au Fils est incontestable dans l’Ecriture, comme l’indique par exemple en Jn 20, 22 : « Et quand il eut dit cela, il souffla sur eux, et leur dit : recevez le Saint-Esprit. ».

Cependant, il découle de cette méthode qu’il y a un chaînage, en quelques sortes, entre le Père, qui envoie le Fils sur terre, qui envoie l’Esprit du Père et du Fils. Ce qui fait dire aux Pères grecs que l’Esprit-Saint procède du Père par le Fils.

En théologie catholique, les deux formulations sont valides. Le procédé « à la grecque » partant de la Bible est actuellement en vogue parmi les théologiens catholiques, car il a le mérite de s’appuyer sur la Sainte Ecriture plutôt que sur des spéculations philosophiques.

Ajoutons que les délégués orthodoxes au Concile de Florence en 1431-1441 étaient prêts à admettre la formule « du Père par le Fils », ce qui résolvait la querelle du Filioque et le point de départ théologique du schisme entre les Eglises catholique et orthodoxes. Mais leur accord n’a pas été avalisé par Constantinople, surtout suite aux pressions de l’Empereur qui voyait une mise sous tutelle des orthodoxes par le clergé catholique. La prise de Constantinople par les Turcs en1453 a balayé ensuite toute tentative de résoudre le schisme pendant des siècles… Jusqu’à la levée des excommunications mutuelles par Paul VI et le Patriarche Athénagoras en 1453. L’accord du Concile de Florence est donc toujours sur la table.

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