Le diable est-il un symbole?

Est-ce normal que le supérieur des jésuites ait dit que le diable est un symbole ?

Dans cette affaire, on pourrait presque laisser les jésuites et ignaciens se répondre entre eux, sans que nous n’intervenions. Car, de fait, le Préposé général de la Compagnie de Jésus, élu il y a quelques mois, a affirmé récemment que le diable n’était qu’un symbole. Il s’est immédiatement levé plusieurs voix pour le contredire et rappeler que, certes, le diable n’est pas un article du Credo. Mais qu’il travaille bien dans ce monde et que son œuvre est visible à qui sait bien regarder. La Bible, que ce soit l’Ancien Testament, les Evangiles ou les autres livres du Nouveau Testament, le mentionne  à de nombreuses reprises. Ce que nous disent déjà l’épisode du 3e chapitre de la Genèse, mais aussi l’Apocalypse à la fin de la Bible, c’est qu’il y a bien une intelligence du mal extérieure à l’homme.

L’un des premiers à réagir a été le Père Sante Babolin, professeur émérite à l’Université grégorienne (donc l’université des jésuites) de Rome. Sa réponse se fonde sur son expérience d’exorciste, mais aussi sur son expertise de professeur de philosophie. En grec, symbolos signifie ce qui relie, qui met ensemble et diabolos, ce qui divise. Donc, rien que sur le plan linguistique (le terme exact est « philologique »), dire que le diable est un symbole est contradictoire.

La grande tradition spirituelle de St Ignace de Loyola, comme déjà évoqué dans l’article « Discernement des esprits et combat spirituel » (https://www.reponses-catholiques.fr/discernement-des-esprits-et-combat-spirituel-22/), se base, justement sur le discernement des esprits qui influencent notre conscience et lui sont extérieurs. Le mauvais esprit n’est pas notre mauvaise conscience mais ce qui vient d’un autre et qui influence notre conscience. Dans les fameuses  Méditations  « Sur le règne », ou sur « Les deux étendards » des Exercices spirituels, il s’agit bien de suivre l’étendard du Christ, de le choisir pour Roi, et non l’étendard du démon en rejoignant son camp. Si le diable n’est qu’un symbole, dans ces deux méditations, le Christ ne devient alors qu’un symbole aussi. Le Père Général Sosa a-t-il voulu dire que Jésus-Christ n’est qu’un symbole ? Nous en doutons mais son propos n’est pas en phase avec sa propre tradition spirituelle.

Certains tenteront peut-être de dire que le « croyable disponible » à l’époque d’Ignace de Loyola impliquait de croire au démon mais que, les progrès des sciences humaines aidant, nous n’avons plus à nommer ainsi ce qui ne relève que de notre psychè. Ce n’est pas l’avis, non seulement des exorcistes, comme déjà mentionné, mais non plus celui d’un autre jésuite, le Pape François. Dès les premiers jours de son pontificat, il a évoqué le diable et les dangers qu’il suscite de façon insistante. Nous renvoyons le lecteur à toutes ces déclarations à ce propos.

Donc que l’on prenne la question sur le plan philologique, théologique, scripturaire, pastoral, spirituel, il semble bien que le diable agit contre nous – il est « l’ennemi de la nature humaine » dit St Ignace –  et que chacun doit s’employer à s’en remettre au Christ pour s’en garder.

Le diable est-il un symbole?
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Commentaires

  1. Denis

    Ce nom qualificatif fut donné à Satan parce qu’il est le principal et premier calomniateur et faux accusateur de Jéhovah, de sa bonne parole et de son saint nom. Le grec diabolos signifie “ calomniateur ”.

    Le texte original des Écritures grecques chrétiennes où le mot diabolos apparaît, mais ne concerne pas Satan ; c’est pourquoi il est correctement rendu par “ calomniateur ”. À titre d’exemples, parlant de Judas, Jésus dit aux 12 : “ L’un de vous est un calomniateur ” (Jn 6:70) ; dans la congrégation, les femmes ne devaient pas être calomniatrices (1Tm 3:11 ; Tt 2:3) ; un des signes des “ derniers jours ” est que “ les hommes seront […] calomniateurs ”. — 2Tm 3:1-5.

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