Le concile Vatican II a-t-il été infaillible ?

La question est délicate, d’autant que nous ne bénéficions pas forcément du recul suffisant pour apprécier réellement tous les enseignements de Vatican II qui resteront.

Mais je ne veux pas me dérober et vais essayer de répondre, à mes risques et périls – et, naturellement, en attente d’un jugement meilleur que le mien, et surtout en attente d’un jugement du Magistère.

Il est difficile de cerner avec précision le champ de l’infaillibilité, mais il me semble que nous pouvons nous accorder au moins sur l’infaillibilité telle qu’elle a été définie à Vatican I pour le pontife romain. En résumé, pour qu’un enseignement soit infaillible, il faut 1) qu’il porte sur des matières de foi et de mœurs, 2) qu’il provienne d’une autorité capable de produire un enseignement infaillible, et 3) qu’il soit proposé comme définitif aux fidèles.

Un évêque seul, l’ensemble des fidèles du monde entier, tous les prêtres d’un diocèse ne sont pas une telle autorité. En revanche, l’ensemble des évêques réunis en concile sous l’autorité du Pape constitue une telle autorité. Le critère deux me semble donc rempli.

Par ailleurs, un certain nombre de documents conciliaires ont porté sur des questions de foi et de mœurs. C’est le cas, par exemple, de l’enseignement sur la Tradition et l’Ecriture (Dei Verbum) ou de l’enseignement sur l’Eglise (Lumen Gentium). A contrario, certains textes sont manifestement purement disciplinaires, sans réelle portée doctrinale. C’est le cas par exemple du décret sur les moyens de communication sociale (Inter mirifica). Les choses se corsent pour l’un des textes les plus controversés du concile, celui sur la liberté religieuse (Dignitatis humanae) : est-ce un texte philosophique ? est-ce un texte dogmatique ? est-ce un texte canonique ? La réponse n’est pas simple. Plusieurs options ont déjà été proposées par d’excellents théologiens, mais nous restons en attente d’une réponse définitive du Magistère. En tout cas, on peut dire avec certitude que certains textes portent sur des questions de foi et de mœurs et que, par conséquent, dans leur cas, le premier critère est également rempli.

A mon sens, en revanche, le troisième critère n’est pas rempli. Formellement, le concile Vatican II, contrairement à ses prédécesseurs, n’a pas voulu désigner explicitement les enseignements qu’il voulait présenter comme définitif (ce qui, dans les conciles précédents, s’appelait les « canons », dont la forme était traditionnellement « l’anathème » : « Celui qui affirme que (suivait l’hérésie que le concile souhaitait combattre), qu’il soit anathème »). Et, surtout, l’autorité pontificale a nettement rejeté l’hypothèse d’un enseignement irréformable. Dans son discours de clôture, Paul VI notait ainsi :

Le magistère de l’Eglise, bien qu’il n’ait pas voulu se prononcer sous forme de sentences dogmatiques extraordinaires, a étendu son enseignement autorisé à une quantité de questions qui engagent aujourd’hui la conscience et l’activité de l’homme ; il en est venu, pour ainsi dire, à dialoguer avec lui; et tout en conservant toujours l’autorité et la force qui lui sont propres, il a pris la voix familière et amie de la charité pastorale, il a désiré se faire écouter et comprendre de tous les hommes; il ne s’est pas seulement adressé à l’intelligence spéculative, mais il a cherché à s’exprimer aussi dans le style de la conversation ordinaire.

(C’est moi qui souligne)

C’est pourquoi j’estime, pour ma part (mais, encore une fois, je soumets par avance mon jugement à celui du Magistère), que l’on ne peut pas dire globalement que Vatican II est infaillible. Il va de soi que cela ne justifie aucun irrespect pour des textes qui émanent tout de même de la plus haute autorité doctrinale dans l’Eglise. Et cela n’exclut pas non plus la possibilité que tel ou tel passage soit, quant à lui, infaillible. Mais je crains qu’il ne faille, pour connaître ces passages éventuels, attendre que le Magistère se prononce avec autorité.

Le concile Vatican II a-t-il été infaillible ?
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