Le Bien et le Mal sont-ils compréhensibles?

Bien et Mal sont-ils compréhensibles ?

Il s’agit là plus d’une question de métaphysique, donc de philosophie, que de théologie. Car en philosophie classique, depuis Platon, Dieu est le Bien, le Beau, le Vrai. Il est la Raison elle-même, ce que le Prologue de Jean nous rappelle au premier verset de son Evangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu » (Jn 1, 1). Le « Verbe », Verbum en latin, est la traduction du mot grec qui figure dans l’évangile original : logos, c’est-à-dire à la fois la « parole » et la « raison ». Mot qu’on retrouve dans « dialogue », donc parole entre au moins deux personnes, ou tous les termes scientifiques se terminant en « -logie » (anthropologie, ophtalmologie etc). Là, le sens est celui de la raison, la démarche scientifique.

Une fois ces considérations philologiques posées, si Dieu est le Bien, Il est compréhensible puisqu’Il est aussi le Logos. Ce qui est la Raison même peut se comprendre par la raison. La théologie catholique a toujours affirmé que 1) tout homme a une conscience et 2) il peut connaître Dieu par la simple raison. C’est ce que les philosophes de l’Antiquité, ou d’autres religions monothéistes, comme le zoroastrisme, ont été capables de faire. L’homme ne pourra peut-être pas en savoir beaucoup plus sur Dieu en dehors de la Révélation biblique, mais, au moins, il peut savoir qu’Il existe. Il en découle que l’être humain a accès au Bien et, par sa conscience, avoir un comportement éthique, c’est-à-dire faire le bien. Les justes de l’Ancien Testament, même païens, sont capables de bien agir. Pensons aux marins du Livre de Jonas.

Donc le bien est compréhensible par la raison. Pour le mal, si Dieu est le Bien et que ce qui est créé par Dieu est « bon » (cf le récit de la Création en Gn 1), le mal est tout ce qui ne vient pas de Dieu. Or, si Dieu, le Bien, est la Raison, le mal, ce qui est « hors-Dieu », est ce qui n’a pas de raison. Le mal est absurde. On n’explique pas l’absurde, il est par définition incompréhensible.

D’une façon plus empirique, on voit bien que le bien est, in fine… bénéfique sur le long terme, pour soi ou pour d’autres. Il en découle toujours plus de vie d’une manière ou d’une autre. Le bien buissonne comme un organisme vivant. A l’inverse, le mal finit par se retourner contre ses victimes, parfois son auteur, ou même les autres y compris dans des générations futures. En quelques sortes, il métastase, et conduit toujours à la mort.

Car c’est l’alternative que pose le Deutéronome, en Dt 30, 15-16 : « Vois, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. Car je te prescris aujourd’hui d’aimer le Seigneur, ton Dieu, de marcher dans ses voies, et d’observer ses commandements, ses lois et ses ordonnances, afin que tu vives et que tu multiplies, et que l’Eternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. » En clair, faire le bien (c’est-à-dire avoir un comportement éthique et une éthique se définit par rapport à des références, ici les commandements divins) fait vivre et faire le mal débouche sur la mort. Le plus raisonnable est donc de faire le bien.