L’avortement est-il toujours un péché?

Notre-Dame de la Visitation, détruisez ce fléau de l'avortement!

La question de l’avortement est l’un des drames les plus graves de notre temps (songez qu’à la fin des années 1990, l’ONU avait révélé qu’un milliard d’enfants avaient été avortés légalement dans le monde depuis la légalisation de cette pratique: un gigantesque festin homicide dont seuls Satan et ses anges peuvent se réjouir).

Cette question, dans l’esprit de ma correspondante, me semble vouloir signifier: existe-t-il des circonstances où l’avortement est “autorisé” par l’Eglise?

A cette question, il faut répondre clairement non. Pour l’Eglise (qui interprète ici la loi naturelle, accessible à la raison humaine, et non seulement la loi révélée par le Christ), rien ne peut justifier le meurtre d’un innocent à naître. Par exemple, un enfant conçu au cours d’un viol ou au cours d’une relation incestueuse, même si le viol ou l’inceste sont des choses atroces, a le droit à la vie: comme disait Jean-Paul II, il ne faut rajouter un meurtre à un crime.

Au passage, signalons tout de même que la perte d’un foetus à la suite d’une intervention chirurgicale sur sa mère n’est pas un avortement au sens propre: l’élimination du foetus n’était évidemment pas l’objectif de l’acte chirurgical en question.

Bref, l’avortement est un crime, et l’un des plus graves qui soient puisqu’il touche un innocent incapable de se défendre et dans le lieu même où il devrait être le mieux protégé, quelles que soient les circonstances.

Cependant, il faut répondre aussi à la question, non pas telle que je crois que ma correspondante la comprenait, mais telle qu’elle est objectivement posée.

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire (ici, par exemple), un péché suppose la conscience et la volonté. On peut commettre le crime d’homicide sans commettre le péché d’homicide et inversement.

Dans le cas de l’avortement, je répète qu’il s’agit, en toutes circonstances, d’un crime. En revanche, Dieu seul peut dire dans quelle mesure c’est toujours un péché. En particulier, le niveau terrifiant d’aveuglement de notre société sur ce “crime abominable” (comme dit le concile Vatican II) doit logiquement conduire un certain nombre de femmes à avorter sans avoir conscience de la gravité de leur acte.

Inversement, il serait bon, me semble-t-il, que nous, qui connaissons la gravité de cet acte, nous interrogions en conscience sur notre degré de complicité avec ce crime. Oh, bien sûr, les catholiques pro-vie (c’est un pléonasme!) ne participent, généralement, pas directement à un avortement. Mais nous formons-nous pour répondre aux questions des femmes en détresse? Sommes-nous prêts à accueillir ces dernières pour qu’elles puissent mettre leur enfant au monde dans la sérénité? Ne participons-nous pas au mythe collectif de “l’enfant parfait”? Prions-nous Dieu avec insistance pour qu’il balaie cet effrayant fléau qui nous fait choisir la mort plutôt que la vie?

En résumé, l’avortement est toujours un crime. Ce crime n’est sans doute pas toujours un péché – même si, à mon sens, même la conscience la plus obscurcie sent bien qu’un avortement n’est pas un acte anodin (je n’ai jamais rencontré personne qui crût, comme le disaient les pseudo féministes radicales, qu’un foetus n’était qu’un amas de cellules et qu’un avortement était aussi bénin que l’ablation d’une tumeur). En revanche, je crains que ceux qui sont purs du crime d’avortement ne soient pas tous purs du péché d’avortement.

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