L’apostasie peut-elle être pardonnée?

Je suis catholique depuis ma naissance par tradition, mais je me suis voué sincèrement au Christ à ma majorité après lecture des évangiles… Aujourd’hui j’ai 26 ans et il n’y a pas plus de 4 mois, après une période où ma foi a baissé et je me suis posé beaucoup de questions (ancrées en moi depuis toujours malgré ma foi en Christ sincère), j’avais beaucoup de problèmes personnels et j’étais au plus mal. J’ai fait la grande erreur de me convertir à l’islam en prononçant la chaada après plusieurs discussions et recherches… Seulement 3 jour après, j’ai fait marche arrière en réalisant mon erreur. Je me sentais mal… Depuis j’ai remis de l’ordre dans ma vie et je suis plus que convaincu en la foi en Jésus Christ notre Sauveur. Seulement j’ai peur d’avoir commis un pêcher impardonnable (blasphème contre l’Esprit Saint), certains prédicateur utilisent des versets à l’appui, comme Hébreux, qui expliquent que si l’Esprit Saint nous quitte, il ne peut pas revenir ce serait comme recrucifier Jésus … Aujourd’hui je vis dans la crainte que Dieu me renie. Je souhaite demander pardon et tourner cette page sombre. Dois-je rencontré impérativement un prêtre ? Mon baptême est-il toujours valide ? Comment y voir clair entre certains qui me condamnent versets à l’appui et d’autres qui m’assurent l’inverse. Je suis perdu.

Tout d’abord, nous rendons grâce à Dieu et nous nous réjouissons de ce frère en Christ qui est revenu dans la communauté chrétienne. Que le Seigneur l’aide dans son cheminement. Pour répondre à la question, elle soulève au moins trois aspects : théologique, sacramentel et ecclésiologique.

1° Sur le plan théologique, les dons de Dieu sont irrévocables. Quand on a reçu l’Esprit-Saint au Baptême, personne ne peut nous le retirer. Il est toujours en nous. C’est la personne elle-même qui l’étouffe par ses actes et ses reniements, certainement pas Lui qui se retire.

La preuve, tant qu’à citer des versets, St Paul nous dit que « Cette parole est certaine: Si nous sommes morts avec lui, nous vivrons aussi avec lui; si nous persévérons, nous régnerons aussi avec lui; si nous le renions, lui aussi nous reniera; si nous sommes infidèles, il demeure fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2 Tm 2, 11-13). Bref, au final, Dieu reste fidèle aux dons qu’Il donne.

Il en résulte qu’un baptême valide le reste toujours. C’est bien pour cela que l’Eglise catholique ne peut « débaptiser » les personnes qui le réclament, et que toutes les confessions chrétiennes, sauf des évangéliques extrémistes, reconnaissent leurs baptêmes mutuels.

Dès les premières persécutions contre les chrétiens dans l’Antiquité, l’Eglise catholique a toujours considéré que ceux qui avaient apostasié pouvaient revenir dans la communion de l’Eglise et être pardonnés après une pénitence adaptée. La parabole de la Brebis perdue est bien pour eux. Et ceux qui affirmaient le contraire ont créé des schismes et hérésies. C’est le cas de ceux qui condamnent l’auteur de la question. Qu’il ne les écoute pas, ils sont juste hérétiques.

2° Cela soulève un autre point. Tout péché peut être pardonné, pour peu qu’il soit confessé à un prêtre dans les bonnes conditions de validité et qu’il y soit mis fin. Le Christ a donné pouvoir à ses Apôtres, et par conséquent aux évêques et, par délégation, aux prêtres, de lier et délier tout péché (Mt 18, 18). Que le lecteur ne s’occupe pas du péché contre l’Esprit, bien malin qui peut dire ce que c’est exactement. En tous cas, il est revenu de son apostasie et désire sincèrement suivre le Christ. On n’est donc pas dans ce cas-là.

Cela n’empêche pas que l’apostasie soit un péché très grave, c’est même le plus grave qui soit. Que l’auteur de la question demande à un prêtre de lui donner le Sacrement de Réconciliation de toute urgence. Plusieurs cas seront alors possible

– Le prêtre pourra le confesser et il sera donc délivré

– Les péchés les plus graves sont des péchés dits « réservés », qui ne peuvent qu’être confessés à l’évêque ou les prêtres qu’il mandate spécialement. Cela dépend de divers critères que seul un canoniste pourra examiner : si l’apostasie était publique ou non, si l’apostat en a parlé autour de lui, s’il a écrit publiquement là-dessus etc. Donc, dans le doute, il est possible de contacter le secrétariat de l’évêque, qui pourra orienter cette personne.

Par conséquent, qu’il contacte un prêtre, qui lui donnera le Sacrement ou l’orientera vers l’évêque, ou l’évêque lui-même, il pourra se confesser. Ce sera l’occasion, dans tous les cas, d’avoir un entretien spirituel sérieux.

Ce qui amène à un autre point. L’auteur de la question a manifestement consulté des non-catholiques, probablement évangéliques. Qu’il arrête de trainer avec eux. Il y a de tout parmi les évangéliques, certains sont sérieux et évangélisent les musulmans avec beaucoup de courage. Mais d’autres sont franchement louches et il est difficile de discerner si l’on n’est pas soi même très bien formé en théologie.

3° Ce qui nous amène à un troisième aspect, celui de la réintégration de la personne dans la communauté de l’Eglise. Comme déjà dit, l’apostasie est grave. Le confesseur pourra proposer un rituel de (ré)entrée dans l’Eglise en fonction des circonstances et de la gravité de l’apostasie. C’est souvent une profession de foi publique lors d’une messe dominicale, en présence de la communauté paroissiale. En tous cas, cet acte pourra fermer cette triste parenthèse et donner le point de départ d’un nouveau cheminement dans la confiance avec le Christ Sauveur.

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