L’antisémitisme est-il d’origine romaine et chrétienne?

A propos de votre article https://www.reponses-catholiques.fr/persecution-des-juifs-et-magistere/, l’antisémitisme n’est pas un héritage romain puis chrétien ?

Nous sommes navrés du manque de clarté de cet article, car il nous semblait sans ambiguïté que, sur la question d’un héritage chrétien, la réponse est « non ». Confondre l’antisémitisme, qui n’a rien de chrétien, et l’antijudaïsme de certains chrétiens mais qui, une fois encore, a toujours été condamné par le Magistère et déclaré hérétique, c’est manquer singulièrement de rigueur.

Pour ce qui est des Romains, c’est davantage une question historique que théologique et de plus compétents que nous pourraient mieux y répondre. Bornons-nous à dire qu’il faut distinguer l’antijudaïsme religieux, l’hostilité aux Juifs de Judée pour des raisons politiques, de nos jours on dirait l’antisionisme, et l’antisémitisme, qui a des bases ethniques, éventuellement culturelles, où que soient les Juifs qui en sont victimes.

Les Romains ont-ils pratiqué l’antijudaïsme ? Oui, il leur est arrivé de persécuter les Juifs en leur interdisant de pratiquer leur religion et certains sont morts martyrs (cf., plusieurs récits de martyres, par exemple, dans « Mourir pour Dieu » de Daniel Boyarin). L’empereur Hadrien a fait interdire des rites juifs comme la circoncision. Mais, en règle générale, les dirigeants romains étaient tolérants envers les peuples de l’Empire et les Juifs ont pu pratiquer leur foi sans encombre, au point de faire de nombreux convertis, les fameux « Craignants-Dieu » des Actes des Apôtres, jusqu’à, peut-être, l’impératrice Poppée. Certains historiens disent que jusqu’à 10% de la population de l’Empire adhérait plus ou moins au judaïsme. D’ailleurs, c’est un des principaux arguments des chrétiens, comme Tertullien dans son Apologie, de revendiquer les mêmes droits que les Juifs, en rattachant le christianisme naissant au judaïsme, qui bénéficiait de la liberté de culte.

Ont-ils été anti-Juifs pour des raisons politiques ? Certainement, en écrasant dans le sang des révoltes, en particulier celles de 68-70 et celle de 135. Mais ils ont aussi anéanti Carthage, écrasé la révolte de Spartacus ou celle de Vercingétorix etc.

Ont-ils été antisémites pour des raisons ethniques ou culturelles ? Certes, l’empereur Claude a expulsé les Juifs de Rome en 41. Mais certains historiens estiment que c’était une mesure d’ordre public, les autorités ne distinguant pas encore les Juifs des chrétiens et les querelles grandissantes entre eux étant sans doute la cause de désordres. En outre, des Juifs comme Flavius Josèphe étaient parfaitement intégrés. Il n’est donc pas facile de trancher.

Un réel antisémitisme, en revanche, est plus perceptible dans le monde hellénistique. 160 ans avant le christianisme, les Premier et Deuxième livres des Maccabées montrent des persécutions religieuses, donc antijudaïques, contre la Judée. Le Troisième livre des Maccabées décrit une sorte de pogrom fomenté par les Alexandrins de culture grecque contre les Juifs, qui finit par échouer. Et les heurts entre Alexandrins et Juifs ont été récurrents dans les siècles suivants.

Pour ce qui est du christianisme, aucun antisémitisme à base raciale n’a existé. Si un Juif se convertissait au christianisme, cela a été le cas du grand-père de Ste Thérèse d’Avila, il n’était plus considéré comme tel. La Santa a eu une énorme influence et a été canonisée très rapidement malgré ses origines. Et, pour revenir au cas de l’Espagne du temps des rois catholiques, les sévices contre les Juifs étaient d’abord politiques : ils étaient considérés comme une cinquième colonne des musulmans qui venaient juste d’être chassés (ainsi, Maïmonide, selon certaines sources, se serait converti à l’Islam). Quant à ceux inquiétés par l’Inquisition, rappelons que c’est en tant que chrétiens possiblement hérétiques qu’ils l’ont été, pas en tant que juifs observants.

Ce n’est pas du tout le cas de l’antisémitisme athée, se fondant sur les critères « scientifiques » du positivisme, avant d’arriver aux délires nazis. Pour les nazis, un Juif, même converti au christianisme, subissait le sort des autres, c’est bien ainsi que Ste Edith Stein, toute carmélite qu’elle était, est morte à Auschwitz. Quant à l’antisémitisme « de gauche », antilibéral, il mélange antisémitisme socio-économique (les Juifs ont de l’argent et sont les agents néfastes du capitalisme, peu importe qu’ils soient de confession juive, athées ou convertis au christianisme) et l’antisionisme pro-palestinien.

La question peut se poser pour l’islamisme. Il est clairement antisioniste et antijudaïque (« Les Juifs ont falsifié les Ecritures », comme l’a rappelé à sa façon un troll islamiste sur notre page Facebook à propos du Nom de Dieu : il nous assène que le Nom de Dieu est « Allah », balayant ainsi la Révélation biblique d’Exode 3, bien antérieure à l’Islam et écrite dans un tout autre lieu que l’Arabie). Est-il antisémite à proprement parler ? Oui sur le plan sociologique (Les Juifs ont de l’argent) mais un Juif qui se convertit à l’Islam est-il pleinement intégré dans l’Oumma? Ce n’est pas à nous de répondre.

Notons dans tous les cas de ces antisémitisme modernes, scientiste/positiviste, d’extrême-droite, de gauche antilibéral ou islamique, qu’ils sont toujours en même temps antichrétiens.

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