L’Alliance avec le Peuple juif rompue?

Les nombreuses paroles de Jesus déchéant  le peuple élu (Mt 21,43 par exemple) car il n’a pas su le reconnaître en tant que Messie, semblent venir à l’encontre de l’Alliance éternelle conclue entre Yavhé et ce même peuple. L’Eglise catholique, désignée comme le nouvel Israël dès les origines par St Paul a substitué l’élection du peuple Juif, en reprenant donc le flambeau de la Grâce. C’est l’enseignement traditionnel dans l’Eglise. Cependant, désigné aujourd’hui sous le nom de Théologie de la substitution, cet enseignement est désormais rejeté. On apprend alors que l’Alliance ancienne n’a jamais été rompue entre Dieu et le peuple Juif. Mais cela va contre les paroles même de Jésus qui dit clairement qu’il en est dépossédé. Et de plus, ça laisserait supposer que le judaïsme constituerait une voie de Salut comme l’Eglise catholique?

De fait, la question a raison de le souligner, la théologie de la substitution n’est plus admise dans l’Eglise catholique, et n’a d’ailleurs jamais été celle du Magistère. C’est même la pointe de la réfutation de l’hérésie marcioniste : l’Ancien Testament doit être défendu car il témoigne de l’Alliance de Dieu avec son Peuple. C’est aussi un des arguments qu’Augustin développe dans son Commentaire de l’Epitre aux Galates : face aux manichéens, à la suite des gnostiques du temps de Marcion, la sainteté de l’Alliance avec le judaïsme et la persistance du Peuple juif sont une modalité de l’Incarnation de Dieu dans une histoire. Le Concile de Trente a réaffirmé avec force la Dignitas Israelis et le grand Pascal explique bien dans ses Pensées qu’il y a des « Juifs charnels et des Juifs spirituels », au même titre que « des chrétiens charnels et des chrétiens spirituels ». Et, toujours selon Pascal, un Juif spirituel est bien plus près du Royaume de Dieu qu’un chrétien charnel.

Tout cela pour aboutir à la théologie de Nostra Aetate au Concile de Vatican II et à celle de St Jean-Paul II, qui rappellent que le Peuple juif est celui « à qui Dieu a parlé en premier » et que Dieu ne revient jamais sur ses promesses. Donc son Alliance avec Israël est toujours valable.

En revanche, il est complètement faux de dire que Jésus ou St Paul disent que le peuple juif est dépossédé de son Alliance. C’est justement cela que Pascal a bien compris. Qu’il y ait une nouvelle Alliance ouverte à tous les peuples, évidemment. Mais elle accomplit l’ancienne, elle ne l’abolit pas. Ainsi, Jésus nous dit que « Le salut vient des Juifs » (Jn 4, 22). Paul évoque l’olivier sauvage des Gentils greffé sur l’olivier franc juif :

« Tu vas me dire : ‘Des branches ont été coupées pour que moi, je sois greffé !’ Fort bien ! Mais c’est à cause de leur manque de foi qu’elles ont été coupées ; tandis que toi, c’est par la foi que tu tiens bon. Ne fais pas le fanfaron, sois plutôt dans la crainte. Car si Dieu n’a pas épargné les branches d’origine, il ne t’épargnera pas non plus. Observe donc la bonté et la rigueur de Dieu : rigueur pour ceux qui sont tombés, et bonté de Dieu pour toi, si tu demeures dans cette bonté ; autrement, toi aussi tu seras retranché. Quant à eux, s’ils ne demeurent pas dans leur manque de foi, ils seront greffés car Dieu est capable de leur redonner leur place en les greffant. En effet, toi qui étais par ton origine une branche d’olivier sauvage, tu as été greffé, malgré ton origine, sur un olivier cultivé ; à plus forte raison ceux-ci, qui sont d’origine, seront greffés sur leur propre olivier. Frères, pour vous éviter de vous fier à votre propre jugement, je ne veux pas vous laisser dans l’ignorance de ce mystère : l’endurcissement d’une partie d’Israël s’est produit pour laisser à l’ensemble des nations le temps d’entrer. C’est ainsi qu’Israël tout entier sera sauvé, comme dit l’Écriture : De Sion viendra le libérateur, il fera disparaître les impiétés du milieu de Jacob. » (Rm 11, 19-26).

Ce n’est pas tout à fait la même chose que de considérer le judaïsme comme une voie de salut. Le judaïsme rabbinique actuel est une interprétation de la Torah, telle que les rabbins en ont hérité des Pharisiens après l’assemblée de Yavneh en 70 ap. J.-C. Ce que le Christ d’une part, et les chrétiens à sa suite postulent, c’est que ce n’est pas la seule interprétation possible et que celle du Christ est celle qui accomplit parfaitement la Loi. C’est l’essence même du Sermon sur la Montagne.

D’un point de vue chrétien, l’interprétation de l’Ecriture du judaïsme rabbinique est imparfaite. Ca n’a rien à voir avec le fait que Dieu ait rompu son Alliance. Il ne l’a pas rompue. Ce sont ceux qui ne suivent pas le Christ qui ne l’appliquent pas totalement, dans sa lettre et son esprit. Ce n’est pas du tout la même chose.

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