La Création est elle bonne ou mauvaise?

Il est dit dans la Genèse que Dieu créa les animaux, les plantes etc.. au sixième jour, et ensuite l’homme conscient de lui-même, mais encore exempt du péché originel. Or la science nous montre que, dès l’origine, les animaux se sont entretués pour la survie, les plantes aussi d’une certaine manière. La création était-elle déjà abimée à ce moment là ?

L’auteur de la question se situe sur deux plans : l’un théologique, relevant de la foi, et l’autre qu’il considère comme scientifique, fondé sur la Raison. Cela ne nous semble pas un bon point de départ. La Bible n’est pas un texte scientifique, ni même, s’agissant de la Genèse, historique. Ce ne sont pas des découvertes physiques, chimiques, géologiques, biologiques, écologiques que l’on peut y trouver. En revanche, ce récit de la Création « donne à penser », comme disait le philosophe protestant Ricoeur, justement sur le plan philosophique. En ce sens, il fait appel à la Raison, qui, en théologie, est indissociable de la foi. Mais encore faut-il admettre qu’il s’agit d’une raison s’élevant au dessus de la rationalité étroite de la démarche scientifique.

Donc, il ne faut pas mélanger les genres. Mais examinons d’abord l’aspect théologique. Pour commencer, les affirmations sous-tendues dans la question doivent être revues :

– Ce sont les « bêtes, bestioles et bestiaux qui vont sur le sol » (Gn 1, 24) qui sont créés le sixième jour juste avant l’être humain (verset 26). Les plantes et le reste de la Création sont créés les jours précédents

– La Création est « bonne », c’est ce qui est répété chaque jour dès le verset 4

– L’ensemble du vivant est herbivore, comme le montre le verset 30. L’alimentation carnivore est une conséquence du péché, qui est uniquement le péché de l’homme

– Le péché n’apparait qu’au chapitre 3, donc après l’origine.

Sur le plan scientifique, il n’est exact de dire que les animaux « s’entretuent  pour la survie » de façon systématique. Bien sûr, des animaux sont des prédateurs pour d’autres. Mais « s’entretuer » suppose, au sens propre, de se tuer entre êtres de la même espèce. Ce n’est pas le cas hors de contextes de pénurie. Par exemple, les luttes entre mâles pour devenir mâle dominant ne voient pas la mort du vaincu s’il n’y a pas de nécessité. Donc, quand la situation est normale, les animaux ne « s’entretuent pas ». Autrement, pourquoi l’écologie se préoccuperait de préserver la biodiversité si elle était dysfonctionnelle sur le plan systémique, et même mauvaise sur le plan éthique ?

Bien que la théologie ne prétende nullement tenir un discours scientifique, comme rappelé au début, il est néanmoins intéressant de noter qu’une Création libérée du péché de l’homme redevient totalement pacifique : « Le loup habitera avec l’agneau, Et la panthère se couchera avec le chevreau; Le veau, le lionceau, et le bétail qu’on engraisse, seront ensemble, Et un petit enfant les conduira. La vache et l’ourse auront un même pâturage, Leurs petits un même gîte; Et le lion, comme le boeuf, mangera de la paille. » (Is 11, 6-7). C’est cette conscience que le péché humain a, en quelques sortes, métastasé dans tout le vivant, qui fonde la théologie de l’écologie intégrale. L’homme a une responsabilité pour délivrer la Création de cette emprise et c’est aussi une œuvre de Salut.

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