L’obéissance chrétienne est une soumission ?

On ne peut pas comprendre l’obéissance chrétienne, si on ne la situe pas dans la lumière de la mort du Christ, telle qu’elle est présentée par saint Paul dans la Lettre aux Philippiens. Elle est pour lui, et pour toute l’Écriture Sainte, un acte d’obéissance à Dieu le Père, en contraste avec la désobéissance première d’Adam. C’est aussi ce que veux exprimer le titre donné à Jésus, « Serviteur », citation explicite du livre du prophète Isaïe (chapitre 42 et suivants, en particulier 53), où foi et obéissance sont unies pour la première fois dans la figure mystérieuse du « Serviteur de Dieu », s’offrant librement en sacrifice pour le peuple de Dieu.

On pressent combien amour, service et salut sont essentiels pour comprendre l’obéissance chrétienne authentique. Elle n’est certainement pas aveuglement, elle est bien au-dessus. Sainte Bernadette dira même : « Obéir, c’est aimer », dans le prolongement de saint François de Sales, « il faut tout faire par amour… et rien par force ; il faut plus aimer l’obéissance que craindre la désobéissance ».

On tiendra aussi que le mot « liberté », auquel on l’oppose spontanément, est un mot-valise particulièrement vague et imprécis. Beaucoup de précisions sont nécessaires avant de vouloir les opposer. Ainsi, le même saint Paul a parlé de cette « liberté des enfants de Dieu », qui lui fait échapper à beaucoup d’esclavages. Il précise que la servitude absolue est celle du péché. Le dictateur le plus effroyable n’est-il pas notre volonté propre, notre caprice et tout ce que sa soi-disant liberté peut engendrer en nous et autour de nous ?

En fin de compte, oui l’obéissance chrétienne est libératrice. Elle fait échapper à la soumission, et à la plus écrasante d’entre elle, la soumission au péché et à la mort.

« Ô, obéissance, qui est toujours unie à la paix et à l’obéissance du Verbe, tu es une reine couronnée de force. Tu portes le sceptre de la longue persévérance. Tu portes sur ton sein les fleurs des vraies vertus. Tu fais goûter à l’homme mortel le bien immortel. D’humain, tu le fais angélique, et d’homme, tu le fais ange terrestre… » (Sainte Catherine de Sienne, Lettre 84).

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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