L’homme de Cro-Magnon avait-il une âme ?

Pardon, au correspondant déçu de ne pas avoir reçu jusqu’à présent de réponse. Je n’ai pas d’excuses valables, sauf peut-être d’avoir été embarrassé par la question…
En fait, celle-ci est double : « Qu’est-ce que l’homme ? » et « Qu’est-ce que l’homme, dans sa version « Cro-magnon » ? »

N’ayant pas de compétences particulières en paléoanthropologie, Wikipédia me dit qu’il s’agit un fossile d’homme préhistorique découvert dans le site de l’abri de Cro-Magnon aux Eyzies-de-Tayac (Dordogne, France) et que l’on date d’environ 25 000 ans avant l’ère chrétienne. Il est désigné aujourd’hui sous l’étiquette de Homo sapiens sapiens. Si j’en crois les témoignages des savants, il nous ressemblait en tout point physiquement et sa culture était déjà fort élaborée. Il ne semble que pas que son « humanité » puisse être mise sérieusement en doute.

J’en déduis que la question concerne en réalité ces êtres que les médias nous présentent régulièrement comme « ancêtres de l’homme » ou « chainons manquants », à mi-chemin entre les singes et nous. Pensons à la fameuse Lucy. La question est bien plus difficile.

Qu’est-ce que l’homme, telle est la question. On peut d’ailleurs la subdiviser en deux : quelle définition de l’homme doit-on employer pour répondre à la question : la définition scientifique ou la définition philosophique ? Or, il y aura toujours un hiatus, car la première (de nature expérimentale) se prononcera au regard de traces, d’impact sur l’environnement ou de restes corporels. Il en découle qu’elle est, par essence, incapable de donner une définition de l’« espèce » humaine. Elle doit se contenter d’interpréter les faits bruts grâce à des hypothèses, par nature changeantes, et, en fin de compte, laisser la place à une métaphysique (une philosophie, pour faire moins prétentieux). Encore heureux si elle le fait consciemment et ouvertement, plutôt, comme c’est bien souvent le cas, qu’en dissimulant celle-ci sous le masque trompeur de l’« objectivité » scientifique. Elle est donc dans l’incapacité de dire à quel moment de la création l’esprit a surgit. En d’autres termes, il faut renverser la charge de la preuve : « Est-ce que telle espèce présentée par la science répond à la définition de l’homme ? »

Il faut conclure. Pour le philosophe chrétien classique, il n’y a qu’une seule espèce humaine dont la définition est : « l’homme est une substance individuelle de nature rationnelle » (Boèce, IVème siècle). Cro-magnon, Lucy et leurs petits camarades répondent-ils à cette définition ? Pour le premier et ses collègues décorateurs de Lascaux, pas de problème, la capacité d’abstraction étant le propre de l’homme, ils ont brillamment illustré leurs capacités en la matière. Pour l’autre, ce n’est pas le cas. Elle n’est qu’une sorte d’animal préhistorique, qui n’a laissé aucune trace d’activités intellectuelles d’aucun genre. On est homme ou on ne l’est pas. Cro-magnon avait une âme, Lucy n’en avait pas.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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