Jusqu’à quel point aider des personnes fragiles?

Je suis bénévole au Secours catholique et en ce moment il y a lieu de faire attention et de partager. Une famille de 6 personnes institutionalisée dans la précarité et vivant depuis plus de 10 ans de dons de la mairie et des associations, St Vincent de Paul, Secours catholique. ….. Mais refusant de bouger pour se rendre aux Restos du coeur sous divers prétextes réclamant toujours plus d’aides et d’argent. Ma question est la suivante. Ai-je le droit de refuser de les aider désormais sachant qu’ils ont monopolisé à eux seuls plus qu’aucune autre famille ? N’est pas une erreur de trop aider quand une famille de génération en générations est habituée à vivre de l’aide sociale ?

C’est l’éternelle question de toute activité caritative : jusqu’où donner et selon quelles conditions ? La réponse n’est pas univoque car il y a une part de folie et d’absolu dans le geste de charité : St Vincent de Paul, évidemment, mais aussi des saints comme Jeanne Jugan qui a cédé son lit à un pauvre âgé, Damien de Molokai qui s’est installé avec les lépreux d’Hawaii et qui est mort de cette maladie, Mère Teresa etc.

Mais il y a aussi une part de rationalité pour qu’un service d’Eglise, ou n’importe quelle association, fonctionne bien et remplisse au mieux sa mission. Cela appelle aussi à discerner pour éviter les abus et ne pas léser d’autres personnes dans le besoin.

Une manière de répondre est de mettre en place des procédures claires, et que les bénévoles s’engagent à les respecter : des montants limite, des délais, des conditions, des contrôles etc. Les bénéficiaires doivent aussi prendre leur part et l’association doit le définir clairement. Cela évite les cas de conscience individuels, les discussions, voire les chantages affectifs.

Tous les acteurs de l’économie sociale et solidaire le savent, l’assistance sans accompagnement est un puits sans fond qui ne sert à rien : la misère perdure, comme dans ce cas-ci, de génération en génération. Qui dit accompagnement dit rencontre avec des personnes compétentes, soignants, éducateurs et travailleurs sociaux – que les personnes fragiles fuient parfois comme la peste – insertion dans des parcours, construction d’un projet etc. Cela demande un temps considérable et une patience infinie mais, petit à petit, des situations peuvent bouger… Surtout pour les plus jeunes et les mieux portants. Il faut cependant noter que certaines associations sont mieux armées que d’autres pour ce genre d’accompagnement social. Il nous semble qu’il est indispensable à mettre en place pour continuer à aider cette famille.

Enfin, le discernement ne se fait pas seul. Si cette antenne du Secours catholique n’a pas les procédures et l’organisation pour permettre à ses bénévoles de statuer, l’auteur de la question doit demander la grâce d’être éclairé dans son oraison. Il peut aussi en parler avec son accompagnateur spirituel, ou son curé, voire un groupe de partage. Si aucune de ces aides à la vie spirituelle n’est en place dans sa vie, il doit commencer par ça. Comme le dit le Pape François, l’Eglise n’est pas une ONG et la charité – rappelons que le Secours catholique n’est jamais que Caritas France – est vaine si elle n’est pas ancrée dans une vie spirituelle solide.