Jésus était-il un révolutionnaire ?

Ah ! La question sent bon les années soixante-dix. Che Guevara – Jésus Christ même combat !

Qu’est-ce qu’un révolutionnaire ? Si on mesure la chose en considérant ce que sont devenus les « révolutionnaires » de mai 68, il y a de quoi se poser des questions. Comme une problématique à la mode peut passer rapidement !

Pour en revenir à la question, on s’en tiendra au sens commun du mot, laissant aux historiens et aux philosophes des analyses plus approfondies. Généralement, le « révolutionnaire » est compris comme un mélange de Robin des Bois et de Robespierre, qui œuvre aux changements de la société, y compris par la violence s’il le faut, pour faire disparaître les injustices, la misère, en luttant contre les riches et les puissants. Ses perspective sont politiques, le choix des moyens importe peu, et seul le résultat compte. Il y a aussi un aspect « Don Quichotte » dans cette vision populaire, le destin du révolutionnaire étant souvent de perdre la vie dans son combat sans fin.

On comprend que ce portrait puisse prêter à confusion et que, faute d’une vraie connaissance de l’Évangile et de la personne de Jésus, sans compter l’influence de l’ « air du temps », certains aient pu se hasarder à des comparaisons. Mais trois lignes du Nouveau Testament suffisent à dissiper le malentendu. La perspective de Jésus, pour autant que notre lecture soit honnête, est tout autre. Elle est religieuse, ou, pour mieux dire, spirituelle. Notre Seigneur vient accomplir « la Bonne Nouvelle de notre salut ». Dans le prolongement de la Révélation faite au peuple d’Israël, il vient révéler le chemin de la vie éternelle aux hommes. La limite de cette vie simplement terrestre est dépassée. Notre destin, notre vocation, notre existence n’ont de sens qu’en fonction de cette vérité essentielle : Dieu nous aime comme un Père, et en son Fils Jésus, il fait de nous ses fils, par l’œuvre du Saint Esprit. Est-ce dire que cette révélation n’a aucune conséquence sur notre vie terrestre et sur le monde ? La réponse est bien entendu : non, nous allons le voir maintenant.

Notre destinée est céleste. Le grand saint Augustin disait que nous sommes d’abord citoyens de la Cité de Dieu avant de l’être de la cité des hommes. Cependant, il est clair que la révélation évangélique, accomplissant la révélation de l’Ancienne Alliance, n’est pas purement abstraite. L’Esprit Saint œuvrant dans le cœur de l’homme conduit ce dernier à des changements de comportement. Aimer Dieu et son prochain comme soi-même, comporte nécessairement des conséquences sociales et politiques. Si la religion est autre chose de marmonner des prières dans son coin et de croire à des choses bizarres, elle influe sur la société. La vision de l’homme qui habite un catholique lui fait (en principe) refuser certains comportements et encourager certains autres, et ainsi de suite. Pensons tout simplement au respect de la vie, de sa conception à sa mort naturelle. Nous défendons la vie parce qu’elle est un don de Dieu, mais cela se traduit par des lois, des institutions et des comportements particuliers.

Alors, Jésus révolutionnaire ? Certainement pas au sens simpliste évoqué plus haut. Que son enseignement apporte des changements radicaux dans nos vies et dans nos sociétés, c’est une évidence. Qu’il ait été soucieux d’abord de renverser le pouvoir en place, certainement non. « Rendez à César, … »

Un dernier point. Si on prend « révolutionnaire » au sens historique, précisément daté, qu’en a proposé le marxisme-bolchevisme du XXème siècle, à part un vague rapprochement à propos de l’aspiration à la justice, tout le reste est à rejeter violemment dans la comparaison.

Abbé Hervé Courcelle Labrousse

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