Jésus et les pharisiens

recouvrement au temple

Question: Peut-on dire que Jésus était proche des pharisiens?

Oui et non. Le judaïsme de l’époque était divisé en courants parfois violemment antagonistes pour des raisons théologiques, éthiques, cultuelles et politiques. On peut les regrouper schématiquement en quelques grandes familles présentes de façon plus ou moins présentes dans le Nouveau Testament:

  • Les zélotes (les « zélés »), partisans de la lutte armée contre les Romains et assez traditionalistes en matière de pratique de la Loi juive.
  • Les hérodiens, qui sont pratiquement leurs opposés, partisans d’Hérode qui collaborait facilement avec les Romains pour se maintenir au pouvoir. Hérode Antipas, le roi lorsque Jésus était adulte, poursuivait la politique de son père Hérode le Grand qui tentait à la fois de se gagner les bonnes grâces des Juifs pieux en faisant restaurer et agrandir le Temple de Jérusalem et des Romains, en faisant construire des temples à des divinités romaines, comme à Césarée, par exemple. De nos jours on les qualifierait de pragmatiques. Les questions théologiques n’étaient guère leur souci.
  • Les sadducéens. La caste des prêtres, tous descendants du grand prêtre Sadok comme un grand-prêtre doit l’être, et donc de son ascendant le premier grand-prêtre Aaron. Par construction, leur piété était plutôt centrée sur le culte au Temple. Sur le plan théologique, le courant sadducéen faisaient partie de ceux qui pensaient que « le ciel est fermé » depuis les temps de l’Exil et que tout a été révélé dans la Loi et les écrits prophétiques antérieurs à l’Exil. Cela les amenait à ne pas adhérer aux écrits apocalyptiques post-exiliques, comme le Livre de Daniel ou les Livres des Maccabées, affirmant la résurrection des corps au jour du Jugement.
  • Les Esséniens étaient les héritiers de Juifs très pieux (les « hassidim ») qui s’étaient réfugiés au désert parce que les grands-prêtres issus de la famille des Maccabées victorieuse contre les Macédoniens, bien que descendants d’Aaaron, n’étaient pas descendants de Sadok. Les hassidim les considéraient donc comme des usurpateurs et avaient choisi la rupture totale avec les Juifs considérés comme dévoyés et, bien sûr, avec les païens. Cela se traduit dans leur littérature, fortement apocalyptique.
  • Enfin, les pharisiens étaient des « laïcs » (donc ni prêtres, ni lévites) pieux, observant une interprétation très stricte de la Loi, avec 613 commandements. Intégrés à la vie de la cité, ils pouvaient en ce sens s’entendre avec les sadducéens et ne pas s’opposer de front aux hérodiens, même s’ils n’avaient aucune sympathie politique pour les Romains. Avec les esséniens, ils partageaient une adhésion au moins partielle à l’apocalyptique, et donc à la résurrection. Le judaïsme rabbinique actuel est héritier du pharisianisme (du moins pour les Juifs orthodoxes).

En ce sens, Jésus est finalement très proche des pharisiens : piété profonde, respect de la Loi et accent fort sur l’éthique personnelle, voie de sainteté ouverte à tous et non réservée aux prêtres, théologie très marquée par l’apocalyptique et place centrale de la résurrection, modération politique mais sans connivence avec l’occupant romain.

Pourtant, Jésus s’oppose frontalement aux pharisiens sur la Loi. Il récuse leur interprétation restrictive et renvoie à l’esprit de la Loi, aux dix Paroles (les dix commandements) et à tout ce qui humanise et rapproche de Dieu. Il leur reproche, en particulier, une approche trop contraignante pour bien des gens, qui ne « peuvent pas suivre » leur ritualisme du fait des contraintes de la vie quotidienne. Surtout, il critique vivement leur élitisme et leur mépris des non-pharisiens, au lieu d’annoncer le salut à tous et d’être davantage fraternel avec chaque prochain.

Jésus et les pharisiens
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