Jésus est-Il tenté au désert par l’Esprit ou le diable?

J’aimerais savoir ce qu’il faut penser de la déclaration du pape publiée le 21 12 2020 dans Vatican News version française: in: https://www.vaticannews.va/fr/pape/news/2020-12/voeux-pape-francois-curie-romaine-noel-discours-vatican.html. Toutefois, la crise la plus éloquente est celle de Jésus, pointe du doigt le Saint-Père : «Les Évangiles synoptiques soulignent qu’il a inauguré sa vie publique par l’expérience de la crise qu’il a vécue dans les tentations. Bien qu’il semble que le protagoniste de cette situation soit le diable avec ses fausses propositions, le véritable protagoniste est en réalité l’Esprit Saint». En effet, «Jésus ne dialogue jamais avec le diable: ou il le chasse au loin, ou il l’oblige à manifester son nom. Avec le diable, on ne dialogue jamais», a martelé le Pape. Or en Mt chap 4 verset 1 je lis ( trad Lagrange) : “Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable” (idem chez Luc et Marc) Avec qui Jésus parle-t-il ? Avec l’Esprit Saint ou avec Satan?

Que le lecteur ne s’inquiète pas, le Pape ne confond pas l’Esprit-Saint et le diable. En revanche, il est important de se rappeler que Jose-Maria Bergoglio est jésuite, et qu’il est donc imprégné de la formation spirituelle des ignaciens. Or, St Ignace de Loyola est très clair dans ses Exercices spirituels : comme le rappelle le Pape François, avec le diable, on ne discute jamais. Il est « menteur et homicide », donc tenter d’entrer dans des raisonnements et des débats avec lui est perdu d’avance, puisque le cadre de discussion est biaisé dès le départ : il va mentir et manipuler, ne pas employer des arguments de raison même s’il déguise ses arguments sous une apparente rationalité. Puisque la Raison, le Logos en grec, c’est Dieu, la Deuxième Personne de la Trinité. Une analogie pour faire comprendre ce point est celle des pervers narcissiques. On sait qu’il faut les fuir et qu’on ne peut entrer dans une relation saine avec eux.

C’est exactement ce qui se passe dans l’épisode de la Tentation au désert. Le texte est clair, comme l’indique d’ailleurs la question : Jésus est poussé par l’Esprit. Donc, son interlocuteur, celui qu’Il écoute, c’est l’Esprit. « Pour être tenté par le diable ». Le diable le tente, il tente d’établir un dialogue avec lui. Il revient à la charge deux fois, en manipulant l’Ecriture et en mentant (Jésus aurait-il vraiment eu tout pouvoir sur les royaumes de la terre s’il s’était prosterné ? Rien n’est moins sûr. En général, ceux qui font un pacte avec le diable pour obtenir ce genre de choses finissent mal et se font avoir).

Mais, ce que montre le passage, c’est que, justement, Jésus ne dialogue pas avec lui. Parler brièvement à quelqu’un, ce n’est pas dialoguer. Jésus lui cloue le bec en une phrase, un argument massue qui clôt la discussion. Pensons au « vade retro satanas » adressé à Pierre. Ce qui est diabolique, on le repousse immédiatement.

Nous confirmons, par conséquent, l’interprétation du Pape François. Ajoutons que, toujours dans la spiritualité ignacienne, le chrétien apprend à discerner, dans les mouvements intérieurs qu’il observe dans son cœur pendant qu’il est en oraison, ce qui vient du bon et du mauvais esprit (Hergé a représenté ce combat spirituel de façon très imagée par deux petits Capitaines Haddock, ou deux petits Milou, l’un en angelot, l’autre en diablotin, qui tentent d’influencer la conscience d’Haddock ou de Milou). Cela demande d’éduquer spirituellement sa conscience et d’être solidement accompagné pour ne pas se tromper : on peut confondre les deux, donc ce qui est inspiré en nous par l’Esprit-Saint et ce qui vient du diable. Dans le cas de la Tentation au désert, il aurait pu y avoir une double erreur :

  • Croire que, parce qu’on est poussé au désert par l’Esprit-Saint, c’est toujours l’Esprit-Saint qui exerce les tentations et qu’il faut donc y répondre favorablement
  • Ou l’inverse : croire que c’est le diable qui a envoyé au désert, donc que cette expérience n’a aucune valeur et ne peut avoir aucune bonne conséquence. Or, quel est le fruit de la Tentation au désert ? Après cette longue retraite spirituelle, Jésus commence son ministère public, et donc son œuvre de salut. Dans cette erreur-là, Il aurait pu s’abstenir et rentrer chez lui.

Les retraites ignaciennes permettent d’apprendre à faire ces distinctions. Elles sont, sauf exception, inspirées par l’Esprit car il est généralement bon de faire une retraite. Mais elles sont toujours le théâtre, à un moment ou à un autre, d’un combat spirituel où le mauvais esprit parle, souvent pour dévaloriser le retraitant ou le faire remettre en question de bonnes décisions. Il faut alors être vigilant pour le chasser et ne pas entrer en conversation avec lui.

Si on ne passe à aucun moment par cette phase dans une retraite, ce n’est pas bon signe. C’est sans doute qu’on a esquivé « l’envoi au désert pour être tenté par le diable » que souhaite le Seigneur Esprit-Saint, étape nécessaire pour grandir dans la vie spirituelle. C’est cela que veut faire comprendre le Pape François.

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