Inerrance biblique et les chameaux d’Abraham

Dans la perspective de l’inerrance biblique défendue par l’Église, quelle leçon de foi tire t-on des erreurs historiques comme les chameaux au temps d’Abraham et des omissions telle que de l’âge de David qui manque dans un passage de l’AT ?

L’ « inerrance biblique » selon laquelle l’Ecriture ne contiendrait aucune erreur dans quelque domaine que ce soit ? L’Eglise a clarifié en 1943 la nécessité du travail scientifique d’exégèse sur les Ecritures dans l’encylique de Pie XII Divino afflante Spiritu. La constitution Dei Verbum du Concile de Vatican II rappelle que la Bible contient les vérités de foi mais seulement les vérités de foi. Elle ne prétend pas à une vérité scientifique, cosmologique, historique, géographique, biologique etc. A l’inverse, toute lecture littérale de l’Ecriture qui ne fasse pas droit aux quatre niveaux de lecture (littéral, allégorique, éthique, anagogique) est proscrite dans le catholicisme. Cf. notre article https://www.reponses-catholiques.fr/psychanalyse-lecture-typologique-et-peche-originel/ et https://eglise.catholique.fr/glossaire/fondamentalisme/

Par conséquent, si Gn 12, 16 nous dit que le Seigneur gratifia Abraham de brebis, bœufs, ânes et chameaux et que l’archéologie nous indique que vers 1800 av. J.-C., les chameaux n’étaient pas encore arrivés d’Asie Centrale au Proche Orient, cela peut signifier deux choses :

  • Qu’Abraham a vécu plus tard que la datation classique, donc après -1000, date estimée de la présence de chameaux
  • Ou plus simplement que le rédacteur de la Genèse a vécu après -1000, ce qui est le consensus exégétique actuel, et qu’il a voulu signifier avec les repères animaliers de son temps la profusion des dons du Seigneur à Abraham (lecture allégorique et, en partie, éthique).

Prétendre que, puisque la Bible le dit, il y avait bien des chameaux au Proche Orient en -1800 (lecture littéraliste) et que ce sont les historiens qui se trompent, ou que, puisqu’il n’y en avait pas, c’est Abraham qui n’existe pas (lecture antireligieuse, à la fois contre le judaïsme et le christianisme), sont deux erreurs symétriques.

Qu’il n’y ait pas eu de chameaux ou que des archéologues découvrent un jour qu’ils étaient finalement déjà présents n’a pas d’impact sur la lecture théologique et croyante : Dieu a comblé Abraham, Il a fait alliance avec lui et, puisque nous sommes spirituellement les descendants d’Abraham par la foi, Il fait alliance avec nous et nous comble de sa grâce.

Quant à l’âge de David, la question ne précise pas de quel passage il s’agit, donc nous ne pouvons pas répondre. Contentons-nous de dire que les âges fantaisistes des patriarches et des prophètes (« l’âge de Mathusalem ») ont un sens théologique très profond : de près de 1000 ans d’espérance de vie pour les premières générations humaines, l’âge du décès ne fait que se dégrader au fur et à mesure que le mal se répand dans le monde. Le péché entraine la mort. Moïse et ses 120 ans est montré comme une exception de par sa relation privilégiée au Seigneur, là où le commun des hommes ne dépasse guère 80 ans (Ps 89, 10).