Incinération et résurrection de la chair

tombeQuestion: Quelle est la position de l’Eglise catholique au sujet de l’incinération ?

Traditionnellement, l’Eglise catholique n’a pas admis l’incinération des morts, en y voyant la marque du paganisme et d’un refus de foi en la résurrection de la chair. Comme pour le reste de son enseignement, l’Eglise se fonde sur l’Ecriture : dans les cultures païennes des peuples autour des Hébreux de l’Ancien Testament, puis des premiers chrétiens, l’incinération était courante, même si elle n’était pas systématique : les héros de la guerre de Troie dans l’Illiade sont incinérés, tout comme Jules César. Les philosophies et religions ne croyant pas à la résurrection et opposant fortement l’âme et le corps incinèrent leurs morts encore de nos jours, comme les Hindous par exemple.

Or, l’ensemble de l’Ancien Testament montre que les Hébreux enterraient leurs morts, à l’exception de l’incinération du roi Saül, ce qui n’est pas forcément un exemple à suivre dans l’esprit des rédacteurs. En effet, même si la croyance en la résurrection se fait jour petit à petit dans l’Ancien Testament, pour devenir explicite dans les Livres de Daniel et des Maccabées, brûler le corps, c’est clairement indiquer ne pas croire en sa résurrection. Les trois monothéismes ont donc repris l’inhumation des défunts de ce fait.

L’Eglise a, de nos jours, d’abord le souci d’accompagner les fidèles en deuil, particulièrement, plus éloignés de la foi. En soi, incinérer un corps n’empêche pas sa résurrection : Saint Augustin l’explique dans la Cité de Dieu, mais il se réfère aux corps brûlés accidentellement ou ceux perdus en mer. Une pastorale des funérailles existe même dans les crematorium de plusieurs diocèses. Il n’empêche qu’incinérer un corps n’est clairement pas un geste exprimant la foi en la résurrection, alors que l’inhumation est une façon concrète et incarnée de le faire. Ajoutons que la préservation de corps de certains saints est vue par l’Eglise comme un signe de la promesse annoncée : les corps de Ste Catherine Labouré, bien visible dans la chapelle de la rue du Bac à Paris, ou celui de St François Xavier, pourtant recouvert de chaux vive, ont été retrouvés parfaitement intacts de façon inexpliquée. Cela est pour l’édification de notre foi et notre espérance.

Enfin, sur un autre plan, plusieurs psychologues soulignent le traumatisme de l’incinération pour les proches qui y assistent et la difficulté de faire le travail de deuil en l’absence de tombe. Comme tout le reste de son enseignement, cette injonction de l’Eglise d’enterrer les morts repose aussi sur une vérité anthropologique.

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