Hiérarchie ou amour?

Il y a hiérarchie quand les hommes ne savent plus s’aimer. Pourquoi donc une hiérarchie dans le monde clérical ? Est-ce un aveu d’échec?

On ne peut pas dire cela. La hiérarchie et l’amour ne sont pas opposables : il peut y avoir une hiérarchie avec amour, une hiérarchie sans amour. Il peut y avoir une absence de hiérarchie avec amour mais, en général, cela dure peu : soit la communauté explose, soit une hiérarchie selon la loi du plus fort finit par se mettre en place : toutes les entreprises d’autogestion finissent, soit par tourner court, soit par de venir de vraies dictatures. Orwell l’a bien montré dans La ferme des animaux. Cela commence par « All animals are equal » et se termine par « Some are more equal than others ».

On peut imaginer une absence de hiérarchie à deux : dans un couple, entre deux amis, entre deux partenaires à 50-50 dans une affaire. Déjà, on voit que c’est difficile. Mais à partir de trois, s’il n’y a pas de hiérarchie légitime, ce sera celle de la loi de la jungle. Tout le monde sait qu’à trois, deux vont se liguer contre un.

La hiérarchie avec amour commence dans la famille : les parents ont autorité sur les enfants, sinon, c’est l’ensauvagement. On le constate dans nos sociétés où le défaut de loi que les parents n’ont pas osé poser produit des pervers narcissiques et des personnes sans cadre, ouvertes à toutes sortes de pathologies sociales. De même, les aînés ont une autorité sur les cadets et des responsabilités  à leur égard : ce n’est pas le petit frère ou la petite sœur qui vont garder les grands. Idem à l’école et dans tout lieu éducatif. Un bon prof aime ses élèves. Si un professeur ne se fait pas respecter, il n’y aura pas d’amour de part et d’autre.

Pour les adultes, la vie de l’Eglise implique amour et hiérarchie. Le Christ a d’emblée expliqué qu’Il est « le Maitre » : « Vous m’appelez Maître et Seigneur; et vous dites bien, car je le suis. » (Jn 13, 13) Mais en disant cela, Il lave les pieds de ses apôtres et donne sa vie pour eux. Il institue aussi la hiérarchie de l’Eglise en sélectionnant les Apôtres, qui à leur tour ordonnent des « épiscopes », aidés par des Anciens (les prêtres) et les diacres. C’est valable pour toute activité ecclésiale, qui a toujours un responsable, un « coordonnateur », un « modérateur ».

De même, dans la vie religieuse, il y a bien un ou une supérieur(e), aidé par un prieur, des conseillers etc. Si ce n’est pas l’amour qui gouverne la communauté, elle part en vrille ou donne lieu aux abus spirituels qui sont tant dénoncés actuellement. Dans tous les cas, la hiérarchie est au service des subordonnés. Le Pape est « serviteur des serviteurs ».

Dans la vie civile, on peut décliner ce principe de hiérarchie et d’amour. On n’ose pas parler d’ « amour » en entreprise, mais la crise sanitaire a montré à quel point seul un management suffisamment bienveillant et la prise en compte des besoins des collaborateurs permettait de survivre à la pandémie. Et en même temps, une entreprise qui n’a pas un management fort, donc une hiérarchie, fait vite faillite. Même les théories de l’entreprise libérée n’excluent pas l’autorité du manager.

Quant au monde politique, la République a fini, sous l’influence des catholiques, par rajouter la « Fraternité » à sa devise. La Fraternité, ce n’est pas exactement l’amour, mais ça commence à s’en rapprocher : l’idée est bien d’un lien particulier et positif entre les citoyens. Cela n’empêche pas qu’ils élisent des représentants et des dirigeants, donc une hiérarchie.

Le problème n’est donc pas la présence d’une hiérarchie, il en faut au contraire une. La vraie question est son mode de sélection et d’exercice : dans l’Eglise et en démocratie, elle est élective (on élit le Pape et les supérieurs des congrégations), collégiale (concile, synode, conseils de congrégations ou paroissiaux) et délibérative (le chapitre monastique). En entreprise ou dans le monde associatif, on sait bien qu’un mauvais climat social altère la performance. Des instances de parole, la représentation du personnel, les conseils d’administration, les assemblées générales, voire la médiation, sont des lieux pour faire recirculer de l’ « amour », en tous cas de l’apaisement, quand les intérêts et les rapports de force risquent de gripper le système.

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